PARIS (AFX) - Voici des réactions d'analystes après l'annonce
vendredi par l'Insee d'un rebond de la consommation des ménages français en
produits manufacturés en février (+1,2% après -1,3% en janvier), principalement
sous l'impulsion des achats d'automobiles:
- Nicolas BOUZOU (Asterès):
Bonne résistance de la consommation des ménages. Les dépenses en produits
manufacturés ont progressé de 1,2% en février. Certes, janvier n'avait pas été
bon, avec un recul de 1,3%. Mais le glissement annuel de février (+3,7%) montre
que la consommation reste forte. L'acquis de croissance pour le premier
trimestre est nettement positif, à 0,8%.
Du coup, sur l'ensemble du trimestre, la progression des dépenses de biens
manufacturés tournera autour de 1%. Pas mal dans un environnement marqué par le
recul du moral des ménages et les tensions inflationnistes.
Trois enseignements sont à tirer des données sectorielles:
1/ La consommation automobile continue de monter en puissance. Le cycle de
dépenses dans ce secteur reste bien orienté (+7,5% en février, +11,2% sur un
an). Attention, cela ne signifie pas que cela tire la croissance du PIB. Le
déficit commercial croissant de cette branche signifie que la consommation
automobile génère de moins en moins de production automobile sur le territoire
français.
2/ Les dépenses d'équipement du logement ralentissent en raison de la
stabilisation du marché du logement. De 4% mensuels en novembre, la croissance
des dépenses est passée à -0,1% en février.
3/ Les dépenses de textile-cuir ressortent relativement fortes depuis
plusieurs mois, au-delà de l'effet (de toutes façons limité) des soldes
d'hiver.
L'idée importante réside dans le fait que l'automobile prend le relais de
l'équipement du logement, ce qui permet à la consommation globale de ne pas
souffrir.
Voilà pour le constat, plutôt rassurant. Reste la question des mois à venir.
Un point central est problématique: c'est celui du pouvoir d'achat. L'enquête
ACEMO de ce matin rappelle que le salaire de base s'est accru de 2,6% au
quatrième trimestre 2007. C'est à peine plus que l'inflation, ce qui signifie
que les gains salariaux de pouvoir d'achat ont été quasi nuls.
Certes, les emplois créés l'année dernière ont alimenté le revenu disponible
des ménages, mais les signes de ralentissement du marché du travail se
multiplient. En d'autres termes, une bonne performance en matière de
consommation des ménages en 2008 passe par trois conditions:
1/ Une baisse du taux d'épargne et un redressement de la production de
crédits à la consommation au premier semestre (ce que les premiers chiffres
disponibles, en particulier auprès de la BCE, semblent indiquer).
2/ Une reprise des créations d'emplois et une ré-accélération des salaires
réels au second semestre
3/ Une augmentation du revenu disponible des ménages via des mécanismes qui
ne transitent pas par le salaire de base: les heures supplémentaires, par
exemple.
- Alexander LAW (Xerfi):
Grâce à l'automobile, la consommation évite la sortie de route. Les dépenses
des ménages progressent ainsi de 1,2% en février, essentiellement en raison du
très net rebond des achats en automobiles. Le glissement annuel passe de ce fait
à 3,7%.
Pour rassurant qu'il soit à première vue, ce chiffre ne compense pas le
recul de 1,3% (révisé à la baisse de 0,1 point) enregistré en janvier. Au mieux,
la consommation en produits manufacturés aura stagné au premier trimestre, ce
qui est cohérent avec notre prévision d'une croissance du PIB limitée à 0,1% au
cours de la période.
Le chiffre qui retient le plus l'attention est celui de l'automobile. Les
dépenses sur ce segment ont augmenté de 7,5% en février. Cependant, il s'agit
avant tout d'une correction à la suite de la chute de 9,2% constatée en janvier.
Certes, le récent coup de jeune de Renault et PSA notamment (qui devrait se
poursuivre au cours des mois à venir) n'est pas étranger à cette bonne tenue,
mais les immatriculations devraient s'essouffler en cours d'année. Faute d'un
pouvoir d'achat suffisant, les ménages seront bien obligés de s'abstenir.
En revanche, l'équipement du logement renvoie un signal plus inquiétant. Les
dépenses ont ainsi reculé de 0,1% en février. Certes, le glissement annuel reste
à très haut niveau (+11,7%), mais tout semble converger vers un ralentissement
durable de ce segment.
D'une part, l'immobilier multiplie désormais les signes de faiblesse. Or, un
déménagement est souvent l'occasion de renouveler une partie de son intérieur.
D'autre part, le marché de l'équipement du foyer commence à être saturé. Faute
de besoins immédiats et des ressources nécessaires, la tendance sera plutôt à la
reconstitution de l'épargne plutôt qu'aux achats d'impulsion.
Une note plus positive nous provient du textile-cuir: les achats ont
augmenté de 1% en février, après un mois de janvier déjà porteur (+2,7%),
bénéficiant de la fin des soldes. Après avoir longtemps été le parent pauvre des
dépenses des ménages, l'habillement continue de remonter la pente. A 0,8%, le
glissement annuel est cependant très loin d'être stratosphérique.
Au final, le chiffre d'ensemble de la consommation des ménages en février
est tout à fait satisfaisant. Mais il ne saurait masquer les inquiétudes qui
persistent, sachant que l'automobile ne rééditera pas son "exploit" tous les
mois. De fait, les deux catégories les plus importantes, l'équipement du
logement et les "autres produits manufacturés" (pharmacie, édition, bricolage,
etc.), se sont inscrites en baisse.
Surtout, l'évolution du pouvoir d'achat et du moral des ménages, de même que
la situation du marché immobilier ne plaident pas pour une brusque remontée au
cours des mois à venir. Il va donc falloir s'y faire: la consommation restera
atone au moins jusqu'à la fin du premier semestre. Eu égard à son poids dans
l'économie française, on ne pourra pas s'attendre à des miracles sur le front de
la croissance.
- Mathieu KAISER (BNP Paribas):
Les dépenses des ménages en volume ont rebondi en février, ce qui était
attendu après la très mauvaise performance enregistrée en janvier (1,2% après
-1,3% m/m). Elles n'ont toutefois pas tout à fait rejoint leur niveau de
décembre. Le résultat mensuel ne remet d'ailleurs pas en cause notre prévision
d'une modération tendancielle de la croissance de la consommation dans les mois
prochains, en particulier dans les biens durables.
La confiance des ménages et leurs intentions d'achat restent en effet à leur
plus bas historique, plombées par des déterminants toujours mal orientés
(inflation au plus haut depuis 16 ans, refroidissement du marché immobilier,
création d'emplois probablement moins nombreuses, impact psychologique négatif
des difficultés boursières).
De fait, les dépenses ont été essentiellement soutenues par les ventes
automobiles, qui continuent de refléter la distortion introduite par l'écotaxe
sur les véhicules polluants (+7,5%, soit 1,1 point de contribution sur les 1,2%
de croissance de l'ensemble des dépenses). Elles ont enregistré en février leur
plus forte poussée depuis mai 2001, en ligne avec le profil chahuté des derniers
mois: en janvier, elles avaient plongé de 9,2%, le recul le plus abrupt depuis
la fin 1996 (marquée également par une distortion fiscale). Au total, le volume
des ventes n'a cependant pas regagné son niveau de décembre.
Le segment textile-cuir a été le seul autre à afficher une progression en
février, en raison des soldes d'hiver. Achevées le 19 février, elles ont
cependant moins soutenu les ventes qu'en janvier (+1% après +2,7%). Comme
d'habitude, une correction à la baisse est attendue au mois de mars avec le
plein effet du retour aux prix normaux.
Les achats dans les autres compartiments ont en revanche reculé. C'est
notamment le cas des dépenses en biens d'équipement du logement (légère baisse,
de 0,1%), dont les volumes des mois précédents ont en outre été révisés à la
baisse. En tendance, elles continuent donc de décélérer.
Ce segment, dont le dynamisme a été le principal moteur des dépenses dans
leur ensemble au cours des dernières années, sera le plus touché par les
facteurs négatifs du moment, entraînant un franc ralentissement de la
consommation de biens manufacturés en 2008.
ban/js
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