Par Dominique MURET
MILAN (Italie) (AFX) - La compagnie Alitalia s'apprête à vivre
une semaine à haut risque, alors que les syndicats se réunissent mardi pour
examiner l'offre de rachat d'Air France-KLM et que Silvio Berlusconi a
clairement dénoncé cette offre lui préférant une solution italienne.
Le leader de l'opposition, favori du scrutin pour les législatives des 13-14
avril, a déclaré vendredi qu'il dirait "un non sec" à l'offre de rachat
d'Alitalia par Air France-KLM s'il devient Premier ministre après les
élections.
Cette prise de position, en pleine campagne électorale, complique un dossier
déjà explosif.
Le groupe franco-néerlandais a en effet lié son projet de rachat à l'accord
du prochain gouvernement qui sera issu du scrutin.
Son plan est également conditionné à un accord avec les syndicats avant le
31 mars. Ces derniers, qui ont déjà repoussé le projet de reprise d'Air
France-KLM prévoyant 2.100 suppressions d'emplois, doivent rencontrer les
directions des deux compagnies mardi.
Jouant la carte de l'italianité, Silvio Berlusconi a confirmé vendredi sa
volonté d'une contre-offensive italienne, qu'il avait relancée mercredi soir,
face à l'offre franco-néerlandaise.
Le leader de la droite avait notamment indiqué mercredi l'intérêt de la
banque Intesa Sanpaolo, disposée selon lui à soutenir une éventuelle reprise
d'Alitalia par un groupe d'industriels italiens, dont la compagnie aérienne Air
One.
Désavoué par Corrado Passera, le patron du deuxième groupe bancaire
transalpin, qui a affirmé jeudi qu'il n'avait aucune offre italienne à l'étude,
Silvio Berlusconi ne s'est pas laissé décourager.
"J'ai fait appel à l'orgueil des entrepreneurs italiens, qui considèrent
comme moi, qu'ils ne peuvent être colonisés", a-t-il insisté vendredi, en
lançant son nouveau slogan: "Alitalia, redresse-toi".
Dans la foulée, le ministre des Transports Alessandro Bianchi a rappelé
qu'il existait déjà une alternative italienne. L'offre, présentée en décembre
dernier par la compagnie Air One et Intesa Sanpaolo, a été refusée par le
gouvernement de gauche de Romano Prodi au profit d'Air France-KLM.
"Rien n'interdit aujourd'hui de leur demander de faire une offre
contraignante", a-t-il lancé.
"Cette solution italienne de dernière minute me paraît trop tardive, mais
rien n'est impossible. Il se pourrait qu'un sauvetage soit mis en place par un
nouveau gouvernement, ce dernier donnant des aides indirectes à des industriels
qui s'engageraient à redresser Alitalia", analyse Marco Ponti, professeur à
l'université polytechnique de Milan.
"Ce type de jeu triangulaire a déjà été mis en pratique, et pas seulement en
Italie. Le problème, c'est qu'Alitalia ne vaut rien commercialement. C'est une
structure en crise, qui perd de l'argent dès qu'un avion décolle", assène-t-il.
"Même si l'offre d'Air France peut paraître indigeste pour l'orgueil
italien, il faut reconnaître que les marges de négociation sont réduites à zéro
car la compagnie a accumulé plus d'1,7 milliard d'euros de dette et perd des
centaines de millions d'euros par an, avec l'une des flottes les plus vieilles
d'Europe", renchérit l'économiste Andrea Boitani, l'un des rédacteurs du site
Lavoce.info.
Face à ces nouvelles tergiversations, Air France-KLM demande à Alitalia
d'accélérer sa décision.
"Ce que nous proposons à Alitalia, c'est un avenir à moyen terme positif" et
"ce que nous demandons à Alitalia, c'est de faire les redressements nécessaires
pour pouvoir lui garantir cet avenir", a déclaré le directeur commercial France
du groupe franco-néerlandais, Christian Boireau.
"Nous savons ce que nous pouvons faire et il faut que ce plan soit accepté
ou refusé mais c'est maintenant que ça se passe, ce n'est pas dans deux mois ou
dans un mois", a-t-il conclu.
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