Par Laurence BENHAMOU
NEW YORK (AFX) - Pour éviter une fronde des actionnaires, la
banque JP Morgan a accepté de quintupler son offre de rachat de sa consoeur en
difficultés Bear Stearns, contre l'assurance d'obtenir 39,5% de son capital.
Conclu en hâte mi-mars pour éviter à Bear Stearns une possible faillite,
l'accord initial, largement piloté par la banque centrale américaine, prévoyait
que JP Morgan paie 2 dollars par action Bear Stearns, soit seulement 236
millions.
Depuis huit jours, ce prix était de plus en plus contesté par certains
actionnaires de Bear Stearns qui le jugeaient trop bas. L'investisseur Joseph
Lewis, qui détient 8,9% du capital, a menacé d'aller voir d'autres acheteurs.
Lundi, un nouvel accord a été trouvé: JP Morgan a accepté de payer le
quintuple, soit 10 dollars par action --l'équivalent de 1,3 milliard de dollars,
payable en titres.
Bear Stearns a pour sa part accepté de lui vendre un bloc de 39,5% d'actions
à émettre, sans solliciter l'accord des actuels actionnaires, grâce à
l'application d'une clause d'urgence permise par les règlements boursiers.
L'opération devrait donc être bouclée d'ici le 8 avril.
JP Morgan est ainsi quasiment assurée du succès de l'opération: elle n'aura
plus à obtenir, pour le vote final sur la fusion, que l'accord d'actionnnaires
possédant 10,5% des actions Bear Stearns.
Le nouvel accord a été approuvé par les deux conseils d'administration,
précise le communiqué commun des deux banques.
JP Morgan offre désormais pour chaque action Bear Stearns 0,21753 action
JPMorgan Chase (contre 0,05473 action proposé initialement), l'équivalent
d'environ 10 dollars sur la base du cours de clôture du 20 mars, et plus de 11,5
milliards au cours actuel de JP Morgan.
En outre, la Fed de New York, l'intermédiaire de la Fed sur le marché, va
reprendre un portefeuille d'actifs de Bear Stearns évalué à 30 milliards, via
une entreprise à responsabilité limitée créée à cet effet.
Ce portefeuille sera géré pour le compte de la banque centrale par BlackRock
Financial Management "selon les règles établies par la Fed de New York, pour
éviter des perturbations du marché et en obtenir la meilleure valeur".
Si JP Morgan supportera le premier milliard de pertes de Bear Stearns, les
29 milliards de pertes potentielles suivantes seront financés par la Fed, via un
prêt spécial à JP Morgan au taux de 2,5%.
"Cette action est prise par la Fed avec le soutien du département du Trésor
pour aider la liquidité du marché et son bon fonctionnement", a précisé la Fed
de New York.
La création d'une telle structure, qui n'est pas sans rappeler la structure
de défaisance créée en France pour solder les déboires du Crédit Lyonnais, est
une nouvelle preuve de l'activisme de la Fed. Pour épauler les banques en
difficultés, la banque centrale a multiplié ses injections de liquidités ces
derniers mois et a abaissé de manière répétée ses taux d'intérêt.
"Ces nouvelles conditions sont justes pour tout le monde et reflètent la
valeur et les risques de Bear Stearns", a commenté le PDG de JPMorgan Jamie
Dimon, se disant "impatient de conclure".
Depuis plusieurs jours, les marchés comptaient sur un relèvement de l'offre
de JP Morgan: jeudi l'action Bear Stearns s'échangeait à près de 6 dollars.
Lundi matin, l'action s'est envolée à près de 13 dollars ce qui reste néanmoins
très inférieur à son cours de 77 dollars début mars.
"Cette nouvelle offre vise à remporter l'accord des actionnaires et éviter
les critiques selon lesquelles JP Morgan aurait profité de la situation du
week-end dernier", a souligné David Trone, analyste de Fox-Pitt, qui juge
"quasiment certain" que JP Morgan obtiendra l'accord final des actionnaires.
"JP Morgan paie davantage, mais cela reste pour elle une très bonne
opération: sa capitalisation boursière a augmenté de 14 milliards depuis lundi
dernier", ajoute-t-il. "Cela devrait mettre un terme aux difficultés de Bear
Stearns, et aucun autre acquéreur ne devrait ravir le groupe à JP Morgan".
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