MONTREAL (AFX) - La police canadienne est sur le point de
porter des accusations contre d'anciens dirigeants du fabricant d'équipements
téléphoniques Nortel qui auraient maquillé les résultats du groupe pour toucher
de généreux bonus, a indiqué samedi le quotidien National Post.
L'ancien directeur des finances Douglas Beatty, 52 ans, et l'ex-contrôleur
Michael Gollogly, 48 ans, ont été informés par la police fédérale que leur
inculpation est "imminente", a ajouté le journal en citant des sources proches
de l'enquête.
Une enquête de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) "sur la situation
comptable" de Nortel est en cours depuis août 2004, alors que le groupe canadien
était secoué par un retentissant scandale financier.
Les enquêteurs concentrent leur attention sur les résultats du quatrième
trimestre 2002 et des deux premiers trimestres en 2003, année où Nortel avait
annoncé son retour à la rentabilité après les terribles années de descente aux
enfers des groupes technologiques, a précisé le National Post.
La police a refusé de commenter l'information, précisant que son enquête
n'était pas terminée.
MM. Beatty et Gollogly avaient été congédiés pour "faute" en même temps que
leur patron Frank Dunn et quatre autres cadres, en avril 2004, alors que Nortel
avait annoncé être obligé de retraiter tous ses résultats sur quatre années,
parce que ceux-ci n'étaient pas "fiables".
"La théorie, c'est qu'il y a eu une fraude comptable (des ex-dirigeants)
pour toucher les bonus", a expliqué au journal une source proche de l'enquête et
qui a requis l'anonymat. "On leur reproche surtout d'avoir utilisé plusieurs
techniques qui n'étaient pas honnêtes afin d'inventer un retour à la
rentabilité", a indiqué cette source.
Une enquête de la justice américaine dans cette affaire est aussi en cours
depuis quatre ans.
Fin 2002, les comptes avaient été maintenus artificiellement dans le rouge
pour mieux rebondir dans le vert début 2003, année où des primes étaient prévues
si des objectifs de résultats étaient atteints. Nortel avait finalement versé
cette année-là quelque 75 millions de dollars en bonus à ses dirigeants et des
petites primes à ses employés.
En 2007, Nortel a payé des pénalités de plusieurs millions de dollars aux
autorités de surveillance des Bourses américaines et canadiennes pour régler des
plaintes de malversations comptables.
Aux Etats-Unis, la commission de surveillance des marchés boursiers (SEC) a
déclenché des poursuites judiciaires contre MM. Dunn, Beatty, et Gollogly et une
quatrième personnes, à qui elle reproche d'avoir falsifié le retour aux
bénéfices du groupe au premier semestre 2003, en injectant dans les comptes
environ 500 millions de dollars de réserves cachées.
Nortel a aussi déjà payé 2,4 milliards de dollars pour régler plusieurs
plaintes en nom collectif déposés contre lui par ses actionnaires au Canada et
aux Etats-Unis.
jl/mj
|