Ciel ouvert : Heathrow, bataille rangée autour d'un fromage bien gardé
(DOSSIER, PAPIER D'ANGLE)
Par Odile DUPERRY
ATTENTION - ajoute la confirmation par BAA, opérateur de l'aéroport
d'Heathrow, de l'arrivée de US Airways ///
LONDRES (AFX) - L'accord de ciel ouvert va ouvrir à la
concurrence l'aéroport de Londres-Heathrow, numéro un mondial pour les vols
internationaux, alors qu'un accord trentenaire restrictif n'y accorde
actuellement des vols directs vers les Etats-Unis qu'à quatre compagnies.
Aux termes de cet accord Bermuda II signé entre le Royaume-Uni et les
Etats-Unis en 1977, seules British Airways (BA) et Virgin Atlantic pour le
Royaume-Uni, et American Airlines et United Airlines pour les Etats-Unis sont
habilitées à voler sans escale vers les Etats-Unis depuis Heathrow.
En application d'accords antérieurs, Air India, et Kuwait Airways y ont
aussi quelques vols vers New York, et Air New Zealand vers Los Angeles.
Heathrow est convoité, car c'est le premier aéroport du monde pour le nombre
de passagers internationaux, 62,1 millions en 2007, contre 54,9 millions pour
son suivant immédiat, Paris Charles de Gaulle. En nombre total de passagers
(hors transit) Heathrow est troisième derrière Atlanta et Chicago O'Hare;
Paris-CDG est septième.
Alors qu'environ 50 millions de personnes ont volé l'an dernier entre
l'Europe et les Etats-Unis, le trafic Atlantique Nord d'Heathrow a représenté à
lui seul 14 millions de passagers, dont 2,84 millions vers le seul aéroport JFK
de New York.
La liaison est particulièrement lucrative entre les deux villes, notamment
grâce aux hommes d'affaires dans les classes supérieures où le prix du billet
dépasse facilement 9.000 euros.
Le gâteau attire déjà de nombreux gourmands, prêts à grignoter la part
prépondérante de BA.
Des alliances, qui se sont multipliées dans le secteur aérien, pourraient
voir le jour, avec notamment SkyTeam, absente pour l'instant du créneau
américain d'Heathrow. Air France et Delta Airlines -- qui opère déjà depuis
Londres Gatwick -- se sont déjà constituées en coentreprise pour s'y implanter
dès l'entrée en vigueur de l'accord.
Continental Airlines, qui opère aussi de Gatwick, va arriver également.
Northwest Airlines aura dès juin des vols entre Heathrow et Seattle, siège de
Microsoft.
BA et American Airlines, au sein de l'alliance Oneworld, vont essayer de
préserver leur position actuelle.
La troisième alliance, Star Alliance, comprend United Airlines, troisième
des quatre privilégiées, et US Airways qui va la rejoindre à Heathrow. Elle
compte aussi l'allemande Lufthansa, qui pourrait à terme s'appuyer sur la
discrète BMI, membre aussi du groupe, pour augmenter son activité
transatlantique à Heathrow.
Cette petite compagnie britannique, dont Lufthansa est actionnaire à 30%,
possède 12% des créneaux de décollage et d'atterrissage à Heathrow, en deuxième
position derrière BA (41%). Or ces créneaux, dans un aéroport débordé, sont une
denrée sans laquelle rien n'est possible. Continental vient d'en acheter quatre
paires pour 209 millions de dollars (135 millions d'euros), prix jugé
"incroyable" par un analyste londonien.
Enfin Virgin Atlantic, le quatrième larron, n'est membre d'aucune de ces
alliances, quoiqu'elle ait des accords commerciaux avec Continental Airlines et
soit possédée à 49% par Singapore Airlines, membre de Star Alliance.
Son patron Richard Branson n'a pris aucune initiative dans le cadre de
l'accord "ciel ouvert", attendant de voir le déroulement de la deuxième phase de
la négociation entre l'Union européenne et les Etats-Unis.
BA, la plus réticente au début à l'accord, a au contraire décidé de prendre
le taureau par les cornes en tentant de concurrencer à son tour ses rivales avec
une nouvelle filiale, OpenSkies, qui assurera des vols vers New York à partir de
juin au départ de Paris ou Bruxelles, avec un seul appareil pour commencer.
od/ide
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