Par Véronique BUTTIN
PARIS (AFX) - Malgré des résultats plus qu'honorables publiés
cette semaine, les trois majors français de la construction et des travaux
publics --Vinci, Bouygues et Eiffage-- dégringolent à la Bourse, un recul qui
reflète un avenir moins doré pour le secteur après des années d'euphorie.
Premier à publier ses résultats 2007, Bouygues a annoncé mercredi un
bénéfice net de 1,376 milliard d'euros (+32%). Pourtant, l'action a enregistré
ce jour-là le plus important recul à la Bourse à Paris, abandonnant 6,45%.
Vendredi, Eiffage, le plus petit des trois, a annoncé un bénéfice de 1
milliard (+165%). L'action a perdu 2,39%.
Vinci, le numéro un mondial de la construction-concession, s'en est moins
mal tiré. Jeudi, après l'annonce d'un bénéfice net de 1,461 milliard (+14,4%),
le cours de l'action a d'abord pris près de 4%, mais a néanmoins terminé la
séance dans le rouge (-2,30%).
Sur trois mois, les chutes sont spectaculaires: -23,51% pour Eiffage,
-25,78% pour Bouygues et -15,62% pour Vinci.
Les dirigeants des groupes jugent cette situation "inexplicable" et assurent
qu'elle ne reflète pas "la réalité de l'activité" du secteur.
"Il suffit que je prenne la parole pour que le cours de l'action Eiffage
baisse", a coutume d'ironiser Jean-François Roverato, PDG d'Eiffage.
Philosophe, Martin Bouygues relativise: "En 19 ans de présentation de
résultats annuels, la seule fois où notre titre a augmenté, c'est l'année où
j'ai annoncé des pertes!"
Dans un contexte mondial où la crise immobilière partie l'été dernier des
Etats-unis commence à faire tache d'huile et où le secteur de la construction
connaît une réelle récession, notamment en Espagne, des difficultés se dessinent
en France, tempérées cependant par de très bons carnets de commande qui assurent
plusieurs mois d'activité.
La diversification des activités de Bouygues dans les médias avec TF1 et la
téléphonie mobile avec Bouygues Telecom, sont en partie responsables du dérapage
à la Bourse.
Pour les analystes de Natixis, "le plus important écart provient de Bouygues
Telecom qui affiche un résultat opérationnel courant au quatrième trimestre très
nettement en dessous de nos anticipations".
Bouygues répond que les offres commerciales ont été faites au dernier
trimestre alors que l'année précédente, elles avaient eu un effet sur les
résultats dès le premier semestre.
Pour Vinci, les analystes de Société Générale ont jugé que le titre offrait
"la meilleure visibilité du secteur sur 2008, ce qui semble particulièrement
appréciable dans le contexte actuel", et demeurait par conséquent leur "valeur
préférée" du secteur.
Les mêmes relèvent pour Eiffage que "la direction reste prudente sur ses
perspectives 2008". M. Roverato a admis que 2008 serait "une année charnière"
après la fin d'importants chantiers, mais le groupe est optimiste car il vient
de signer le contrat du futur stade de Lille et va construire l'autoroute A65
(Pau-Langon).
Cependant, analystes financiers et dirigeants d'entreprises s'accordent à
reconnaître que les très bons carnets de commande des trois groupes permettent
un réel optimisme pour l'avenir. Ce sont les "juges de paix de l'activité
future", souligne un analyste du Crédit Mutuel-CIC.
Avec 21,5 milliards d'euros de commandes (+20%), Vinci se targue de dix mois
d'activité assurée. Le carnet de commandes de Bouygues s'élève à 11,3 milliards
(+30%) et celui d'Eiffage frôle les 10 milliards (+12%).
Si les commandes se tassent pour les logements résidentiels, les carnets du
bâtiment et des travaux publics sont bien garnis en raison de la demande
d'infrastructures et d'équipements collectifs, en France et à l'international.
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