Par Pauline TALAGRAND
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BONNEVILLE (Haute-Savoie) (AFX) - Deux cadres d'un hypermarché
Carrefour à Sallanches (Haute-Savoie) ont été condamnés jeudi à 6 mois de prison
avec sursis par le tribunal correctionnel de Bonneville pour harcèlement moral
d'un salarié, soulagé de ne plus être pris pour "un malade imaginaire".
Le harcèlement moral, un délit souvent difficile à établir, a pu être
reconnu par la justice sur la base de témoignages d'une quinzaine de salariés,
dont une grande partie sont encore employés.
Le chef de secteur Christian Rivat, 47 ans, et le directeur de l'hypermarché
de l'époque Victor Massacrier, 56 ans, ont été reconnus coupables de harcèlement
moral à l'égard d'un chef de rayon du magasin Stéphane Tagliavacca, 40 ans, et
condamnés à une peine plus clémente que celles requises par le procureur de la
République.
Le procureur de la République, qui avait qualifié le comportement des
prévenus de "vicieux" et "pervers", avait requis huit mois d'emprisonnement avec
sursis contre Christian Rivat et six mois avec sursis contre Victor Massacrier.
M. Rivat, également poursuivi par une autre salariée de l'hypermarché,
Danielle Etien, 39 ans, qui s'était constituée partie civile en 2003 --soit un
an après son collègue-- pour être jugée en même temps que M. Tagliavacca, a été,
là encore, reconnu coupable de harcèlement.
"Ce jugement est une libération et surtout une reconnaissance de ce qu'on a
subi. Cela ne se voit peut-être pas sur nos visages mais psychologiquement nous
sommes détruits", ont déclaré à l'issue de l'audience Mme Etien et M.
Tagliavacca.
Les deux salariés s'étaient vus prescrire un arrêt de travail de 14 mois que
la Sécurité sociale devait attribuer à une situation de "stress au travail" et
de "harcèlement moral".
"Nous ne serons plus considérés comme des malades imaginaires et des faibles
qui n'ont pas leur place dans la grande distribution", ont-ils souligné.
M. Tagliavacca, qui reprochait à son supérieur hiérarchique d'avoir
cherché à lui nuire continuellement, le suivant partout même "à la porte des
toilettes", et au directeur de relayer ses reproches, avait décidé de porter
plainte en juillet 2002.
Un psychiatre a été nommé jeudi par la justice pour évaluer les séquelles
des deux victimes. M. Tagliavacca recevra 10.000 euros de provision de la part
du chef de secteur et du directeur de l'hypermarché et Mme Etien 5.000 euros de
la part de M. Rivat.
"Je ne faisais que faire appliquer les exigences qui m'étaient demandées. M.
Tagliavacca a transformé en harcèlement des exigences professionnelles répétées
car insatisfaites", a pour sa part déclaré à l' Christian Rivat, assurant
qu'"en 29 ans de société, on ne (lui) a jamais rien reproché".
"On fait porter à M. Rivat la responsabilité qui n'est pas la sienne mais
qui est peut-être celle de la grande distribution", a estimé l'avocat de M.
Rivat, Bernard Chambel, qui a précisé qu'il ferait appel de la décision.
Les deux salariés ont par ailleurs annoncé qu'ils "allaient porter plainte
contre leur employeur de l'époque la société Hyparlo, franchisée Carrefour, pour
faute inexcusable. L'employeur était au courant, donc Carrefour aussi. Nous
attendons maintenant un geste de leur part".
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