Par Guillaume LAVALLEE
MONTREAL (AFX) - La crise du crédit complique sérieusement la
conclusion du plus important rachat de l'histoire canadienne, celui du leader
des télécommunications BCE par un consortium d'investisseurs qui attend toujours
le financement des grandes banques.
Le fonds de pension canadien Teachers et ses partenaires américains -
Madison Dearborn, Providence et Merrill Lynch - ont annoncé en juin le rachat de
BCE au prix fort de 42,75 dollars l'action pour une valorisation totale de 51,7
milliards de dollars canadiens (50,5 mds USD) avec la reprise de dette.
Mais le risque de voir capoter le rachat de BCE (Bell Canada) - actif dans
la téléphonie, internet et la câblodistribution - sème l'inquiétude sur les
marchés financiers au point que l'action du N.1 canadien du secteur s'échange
bien en deçà de la valeur de l'offre, clôturant la semaine à 35,23 dollars.
L'offre de rachat a reçu les principaux feux verts dont celui du régulateur
canadien des télécommunications, mais doit encore obtenir le sceau du ministère
canadien de l'Industrie et être soumis à la Cour d'appel du Québec.
Ces deux denières haies ne préoccupent guère les marchés financiers, mais il
n'en va pas de même du financement de l'offre. "C'est vraiment un enjeu énorme
sur les marchés", explique Peter Rhamey, analyste à la Banque de Montréal (BMO).
La situation actuelle du crédit "augmente les risques pour l'opération",
souligne-t-il.
Le consortium devant racheter BCE dépend du financement de quatre grandes
sociétés bancaires: Banque TD, Citigroup, Royal Bank of Scotia et Deutsche
Bank.
Or ces trois dernières institutions sont aussi impliquées dans la vente du
géant américain des médias et de l'affichage Clear Channel aux fonds
d'investissement THL Partners et Bain Capital pour quelque 19 milliards de
billets verts.
Un tribunal du Texas (sud des Etats-Unis) a ordonné cette semaine à
l'ensemble des banques impliquées dans la vente de Clear Channel de ne pas
"interférer ou empêcher" cette opération.
Malgré cette décision, le groupe américain de médias a indiqué vendredi dans
une note transmise à l'autorité américaine des marchés financiers (SEC) que la
transaction "pourrait ne pas intervenir".
"Plusieurs personnes regardent la situation de Clear Channel pour voir ce
qui pourrait éventuellement arriver dans le cas de BCE", explique à l' Troy
Crandall, analyste des télécoms chez MacDougall, MacDougall & MacTier, à
Montréal.
"Le risque financier implique en particulier Citigroup qui traverse
actuellement ses propres problèmes. C'est l'un des risques les plus importants
qui pourraient compromettre la vente", souligne-t-il.
Citigroup, l'une des plus importantes banques aux Etats-Unis, a fait
massivement appel aux investisseurs du Golfe ces derniers mois en leur vendant
une partie de son capital, tout en continuant à annoncer des pertes et des
dépréciations colossales liées aux prêts hypothécaires à risque.
"En dépit des conditions difficiles du marché du crédit, nous estimons que
(le rachat de BCE) sera complété à la fin du deuxième trimestre", écrit dans une
note aux marchés financiers Joseph MacKay, analyste chez Valeurs mobilières
Desjardins.
Teachers prévoit de conclure le rachat de BCE avant le 30 juin, mais "il se
pourrait que la transaction soit achevée après cette date", estime M. Rhamey.
Et si le consortium mené par Teachers ne parvient pas à financer le rachat
de BCE, il devra lui verser une indemnité d'un milliard de dollars. Ceci
pourrait permettre au N.2 canadien des télécommunications, Telus, de racheter à
bas prix son grand rival.
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