Euro fort: les PME exportatrices souffrent et cherchent la parade (PAPIER
D'ANGLE)
Par Isabelle TOURNE
PARIS (AFX) - Face à un euro au plus haut, les PME françaises
qui exportent souffrent et cherchent la parade en misant sur la qualité des
produits, mais aussi, de plus en plus, sur les délocalisations.
"Depuis l'été, ça devient une catastrophe!", se lamente Jean Sommereux, PDG
d'Ego Paris, qui fabrique du mobilier extérieur haut de gamme et réalise 50% de
son chiffre d'affaires à l'étranger.
Pour ce chef d'entreprise qui emploie 25 personnes à Belleville (Rhône), la
flambée de l'euro est une menace qui fait fuir les clients potentiels.
"On vient de perdre deux affaires consécutives, aux Emirats arabes unis et
en Arabie Saoudite: les clients aimaient nos produits mais on était 12%
au-dessus de leurs budgets" à cause du "taux de change", regrette M. Sommereux.
"Quand l'euro valait 1,35 dollar, on était encore compétitif, mais à 1,50,
on ne l'est plus", assure-t-il.
La devise européenne s'est hissée vendredi à un nouveau record de 1,5239
dollar pour un euro, après avoir franchi mardi la barre symbolique de 1,50
dollar pour la première fois depuis son lancement en 1999.
Etienne Bernard, PDG de LBernard SA, qui fabrique des moteurs électriques
pour centrales, et réalise 70% de son chiffre d'affaires en Asie, aux Etats-Unis
et dans les pays nordiques, affirme que son activité croît d'environ 12% par an.
Mais elle est restée stable depuis trois ans en Amérique.
"Ceux qui ont des usines en zone dollar sont mieux placés que nous,
aujourd'hui, dans tous les appels d'offre internationaux", dit-il.
Pour Ginette Henaff, directrice export de la société qui vend des pâtés du
même nom, l'ardoise semble un peu moins salée. Seul 10% du chiffre d'affaires de
l'entreprise est réalisé à l'international, essentiellement en Amérique du Sud
et en Asie.
Mais "par rapport aux produits libellés en dollars, on est extrêmement
chers", affirme-t-elle. "Si on ajoute aux prix des produits les taxes à
l'export, on arrive à des sommes astronomiques."
Conséquence: "On ne se développe plus dans ces régions". Et "au lieu de
vendre nos produits en supermarchés, on les vend dans des boutiques
spécialisées, où les acheteurs ont un pouvoir d'achat plus important".
Le patron d'une petite société américaine, installée à Paris, qui vend des
applications internet, essentiellement aux Etats-Unis, voit ses revenus fondre
chaque mois, "une fois rapatriés en euros".
Pour rester dans la course, les petites sociétés françaises doivent donc se
différencier. "Pour s'en sortir, notre seule carte, c'est de mettre en avant la
qualité des produits français", avance Ginette Henaff.
"Quand on gagne des appels d'offres, c'est grâce à nos atouts
technologiques", souligne Etienne Bernard.
Mais sa société a commencé il y a trois ans à "fabriquer dans des pays liés
au dollar, pour équilibrer les fluctuations du marché". "Pour le marché chinois,
on fabrique essentiellement en Chine. Nous avons pris cette décision pour nous
rapprocher de nos clients, mais si on ne l'avait pas fait, on ne serait plus
compétitifs", dit le PDG.
Pour Jean Sommereux, le niveau actuel de l'euro est "une incitation directe
à la délocalisation". Il a "pris des contacts pour aller fabriquer en Indonésie
ou en Tunisie". "J'espère ne pas avoir à licencier mais l'accroissement du
chiffre d'affaires se fera forcément hors de France", dit-il.
Le président de la CGPME, Jean-François Roubaud, relativisait vendredi "le
drame" de l'euro fort: "70% des exportations des PME se font dans des pays
européens". "Il permet aussi d'atténuer la facture énergétique et le coût des
matières premières", rappelait-il.
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