France: déficit et dette s'alourdissent, la croissance s'affaisse (PAPIER
GENERAL)
Par Laurent BANGUET
=(INFOGRAPHIE)=
PARIS (AFX) - Le déficit public et l'endettement de la France
se sont nettement aggravés l'an dernier malgré les discours longtemps rassurants
du gouvernement, contraint désormais de réviser à la baisse sa prévision de
croissance pour 2008 sur fond de crise internationale.
Le déficit public en 2007 est revu à 2,7% du produit intérieur brut (PIB),
contre 2,4% initialement prévu par le gouvernement, pour un total de 50,3
milliards d'euros. En 2006, il a été ramené à 2,4% du PIB (contre 2,5%
précédemment), a indiqué vendredi l'Insee.
Dans le même temps, la dette publique a augmenté de 5,2% à 1.209,5 milliards
d'euros fin 2007, soit 64,2% du PIB, un niveau bien supérieur au maximum de 60%
autorisé par l'Union européenne. En 2006, la dette avait progressé de seulement
0,4% pour un taux de 63,6% du PIB.
Selon le ministre du Budget, Eric Woerth, qui martèle son attachement à la
"maîtrise des dépenses publiques" depuis son entrée en fonction, l'aggravation
du déficit public est principalement liée à un "dérapage des dépenses des
collectivités locales" de l'ordre de 0,2 point de PIB.
"Il y a une augmentation du rythme de dépenses des collectivités locales"
qui "ne dégagent pas suffisamment d'autofinancement pour financer leurs
investissements, il y a un vrai problème", a estimé M. Woerth, qui a souvent
accusé les régions, majoritairement socialistes, de laisser filer le déficit.
Plusieurs économistes soulignent toutefois que ce nouveau creusement du
déficit s'explique aussi par les dépenses de fonctionnement qui ont augmenté de
plus de 12 milliards d'euros l'an dernier.
Cette augmentation de 3,6%, "nettement plus que l'inflation", "montre bien
que la puissance publique fait moins d'efforts qu'elle ne le prétend pour
améliorer sa gestion", estime Nicolas Bouzou (Asterès).
"Quant au déficit des collectivités locales (7,2 milliards d'euros), il est
certes très fort mais il émane au moins en partie de transferts de dépense de
l'Etat", poursuit M. Bouzou, jugeant que "l'Etat central ne devrait pas
s'exonérer de sa responsabilité dans cette dégradation".
Une dégradation qui survient malgré un reflux du déficit de la Sécurité
sociale (-1,6 milliard, soit deux fois moins qu'en 2006).
Les rentrées fiscales ont également pesé sur le déficit, le taux des
prélèvements obligatoires ayant diminué de 0,4 point, à 43,5% du PIB en 2007, en
raison de la progression modérée des impôts (+3,1%) freinée en particulier "par
la baisse de l'impôt sur le revenu payé par les ménages", selon l'Insee.
En septembre 2007, Eric Woerth avait promis que la France tiendrait son
engagement européen de ramener le déficit à 2,4% en 2007 et à 2,3% cette année.
Il en est aujourd'hui réduit à prévenir que "dans un contexte économique
extrêmement difficile, les finances publiques ne peuvent pas être en équilibre
en 2010". Un aveu gênant au moment où la France s'apprête à prendre la
présidence de l'Union européenne.
Sa tâche sera d'autant plus difficile que la croissance 2007 s'est contentée
d'un maigre 1,9% alors que le budget avait été bâti sur une hypothèse de 2,25%.
Et malgré l'optimisme affiché durant des mois face à la crise
internationale, le gouvernement a finalement dû se résoudre à une révision à la
baisse pour 2008, entre 1,7% et 2%.
Or "l'amélioration des finances publiques reste toujours conditionnée à la
croissance", souligne Mathilde Lemoine, économiste à la banque HSBC. "Et comme
il n'y a pas d'accélération de la croissance, il n'y a pas de raison qu'on
observe une amélioration du déficit", résume-t-elle.
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