Par Mohamed FADHEL
MANAMA (AFX) - Les riches monarchies du Golfe connaissent une
inflation galopante, alimentée par des liquidités abondantes, fruit de recettes
pétrolières record, et le maintien de l'indexation de leurs monnaies nationales
au dollar, en chute libre, ont indiqué des économistes.
La situation s'est tellement aggravée que des responsables économiques du
Golfe vont se réunir lundi à Bahreïn pour demander conseil à des experts du
Fonds monétaire international (FMI) et de l'Union européenne pour contenir le
phénomène.
"La masse monétaire dans les pays du Golfe a gonflé, dans certains cas, de
plus de 20% (...). Cela explique la demande (élevée) et affecte, en conséquence,
les prix", a déclaré à l' l'économiste bahreïni Ahmed al-Yusha.
Les monarchies du Conseil de coopération du Golfe (CCG - Arabie saoudite,
Emirats arabes unis, Koweït, Qatar, Bahreïn et Oman) ont engrangé des recettes
pétrolières sans précédent grâce à la flambée des cours du brut.
Mais ces recettes, injectées dans les économies du CCG qui connaissent une
croissance phénoménale, ont favorisé des liquidités abondantes.
Le FMI a prédit pour les pays du CCG en 2008 un taux d'inflation de 6%, qui
pourrait être plus élevé dans certains de ces pays.
En 2006, l'inflation a atteint 9,3% aux Emirats et 11,8% au Qatar. Les
statistiques sur l'inflation en 2007 ne sont pas encore disponibles, mais des
estimations évoquent un taux de 11% aux Emirats et 12% au Qatar.
L'Arabie saoudite, connue pour sa maîtrise de l'inflation, a annoncé un taux
de 4,1% en 2007.
La hausse des prix dans la région est expliquée notamment par la montée des
coûts de l'immobilier, un secteur qui affiche une pénurie de l'offre malgré une
frénésie pour la construction.
Les importations des zones hors-dollar y contribuent aussi.
Une étude de l'Union des chambres de commerce, d'industrie et d'agriculture
du CCG, publiée en décembre, a justifié l'inflation rampante par les liquidités
abondantes et l'indexation des monnaies du CCG -- à l'exception du dinar
koweïtien -- au dollar, affaibli.
"Les liquidités disponibles (...) et la dévaluation des monnaies locales
sous l'effet de l'effondrement du dollar" sur les marchés des changes sont les
deux causes de l'inflation, selon l'étude.
Elle souligne que la chute du cours du billet vert a contribué à "la hausse
du coût des importations du CCG de pays dont les monnaies se sont appréciées par
rapport au dollar, comme l'Union européenne, le Japon et la Chine".
"Les importations du CCG sont passées de 154,5 milliards de dollars en 2003
à 376 milliards de dollars en 2007, en hausse de 143%", note l'étude.
L'indexation au dollar oblige les banques centrales du CCG à suivre la
Réserve fédérale américaine (Fed) pour ses taux directeurs. Or si la Fed
continue à baisser ses taux pour stimuler une économie en difficulté, les
Banques centrales du CCG ont affaire à des économies florissantes avec des taux
de croissance élevés.
Mardi, la Fed a réduit ses taux d'intérêt de 0,75 point de pourcentage à
2,25%, et la plupart des banques centrales du CCG ont fait de même.
Le même jour, la banque d'investissement EFG-Hermes, basée à Dubaï, a
souligné l'urgence pour le CCG d'"une réforme monétaire".
"Nous prévoyons à plus de 60% la probabilité d'une réforme monétaire" au
premier semestre 2008 par un ou plusieurs pays du CCG, a indiqué la banque,
suggérant que les Emirats et le Qatar pourraient ouvrir la voie à une telle
réforme sans préciser s'il s'agit d'une désindexation ou d'une réévaluation.
Entre-temps, M. Yusha a indiqué que la liaison au dollar devrait être
reconsidérée dans le sens d'une simple réévaluation des monnaies du CCG, sans
aller nécessairement à une désindexation par rapport au dollar.
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