IKB, première victime allemande du "subprime", les actionnaires furieux
(PAPIER GENERAL)
Par Laure FILLON
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DÜSSELDORF (Allemagne) (AFX) - Les petits actionnaires d'IKB
ont laissé éclaté leur colère jeudi contre la direction et le conseil de
surveillance de la banque allemande, une des premières victimes dans le pays de
la crise des marchés financiers qui a éclaté l'été dernier.
Ils étaient plus de mille réunis en assemblée générale dans le centre des
congrès de Düsseldorf (ouest), alors qu'IKB, banque moyenne spécialisée dans le
financement des PME et jusqu'ici une valeur sûre du paysage bancaire allemand,
connaît une tourmente sans précédent.
Elle paie le prix d'investissements massifs dans les crédits hypothécaires à
risque américains dits "subprime", un marché dont l'effondrement l'été dernier
a failli entraîner sa perte: elle a dû revoir en forte baisse son bénéfice pour
l'exercice 2006/07 (clos fin mars), la plupart de ses dirigeants sont partis et,
alors qu'elle était habituée aux bénéfices, elle table sur une perte de 800
millions d'euros pour 2007/08.
En Allemagne, ce sont les banques moyennes, en premier lieu IKB mais aussi
les banques régionales Sachsen LB, WestLB et Bayern LB, qui ont le plus souffert
de la crise, alors que les grands instituts s'en sortent pour le moment plutôt
bien.
Les précédents dirigeants d'IKB n'ont pas su évaluer les risques représentés
par le "supbrime", a reconnu à demi-mot le patron, Günther Bräunig, qui a pris
la direction d'IKB après l'éclatement de la crise.
Le président de l'organe de surveillance Ulrich Hartmann s'est aussi
dédouané de toute responsabilité. "Nous n'avions aucune chance de pouvoir
reconnaître le risque et de parer à une crise", n'ayant pas été avertis à temps
par le directoire, s'est-il défendu. Il a demandé aux actionnaires d'accorder
leur quitus aux membres du conseil de surveillance et au seul membre du
directoire en poste l'été dernier et toujours présent, c'est-à-dire de valider
leur action.
Une proposition qui a fait bondir les actionnaires présents. Des dizaines
d'entre eux, privés de dividende et qui ont vu s'effondrer la valeur des titres
IKB, ont profité de la tribune qui leur était offerte pour montrer leur
courroux. Le cours de Bourse s'est effondré de 70% en six mois. Jeudi l'action
valait 4,25 euros à 14H50 GMT.
"Pourquoi avez-vous accepté tout cela?", a lancé un actionnaire, sous les
applaudissements de la salle, à M. Hartmann, qui s'est fait huer à plusieurs
reprises. "Vous avez pris mon argent!", a accusé un autre.
Tous se sont prononcés contre un quitus. "Ils sont complètement
incompétents", a commenté Dieter Eisele, actionnaire d'IKB depuis cinq ans,
interrogé par l' . Pour lui, les responsables de la banque ne sont pas les
seuls fautifs. L'Etat, la banque centrale allemande Bundesbank et les autorités
de surveillance auraient aussi dû voir venir la tempête.
Les actionnaires étaient aussi appelés jeudi à approuver une augmentation de
capital d'environ 1,5 milliard d'euros, "indispensable" pour l'avenir de la
banque selon M. Bräunig. IKB vit sous perfusion: elle a déjà bénéficié d'une
aide de plusieurs milliards d'euros, portée en grande partie par son premier
actionnaire, la banque publique KfW, qui est le bras financier de Berlin.
KfW s'est déjà engagée à participer à l'opération, ce qui ferait passer sa
part de 43% à environ 90%. Elle a entamé parallèlement le processus de vente de
sa participation, une cession qui s'annonce difficile.
IKB est en effet loin d'être tirée d'affaire: la crise financière va encore
peser sur ses comptes plusieurs années. "IKB a-t-elle une chance de survivre?
Elle devrait être fermée. Vous devriez la mettre en faillite, proprement", a
conclu, pessimiste, un petit actionnaire.
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