Par Roland de COURSON
ATTENTION - Ajoute montant de la transaction ///
TOKYO (AFX) - La compagnie aérienne japonaise All Nippon
Airways (ANA) a annoncé jeudi les premières commandes du futur avion régional
MRJ, qui sera le premier appareil commercial lancé par le Japon en 50 ans.
ANA a passé 15 commandes fermes et 10 options pour ce biréacteur de 70 à 90
places dont le concepteur, Mitsubishi Heavy Industries (MHI), s'apprête à
annoncer le lancement industriel pour une sortie d'usine vers 2012.
Ce choix "fait partie de nos efforts pour intégrer dans notre flotte les
avions les plus sûrs, les plus économes en carburant, les plus respectueux de
l'environnement et les plus agréables possible pour les passagers", a expliqué
dans un communiqué le PDG d'ANA, Mineo Yamamoto.
Les 15 commandes fermes représentent un montant de 60 milliards de yens (390
millions d'euros au taux actuel), a précisé un porte-parole d'ANA.
Les appareils seront livrés à partir de 2013 pour être utilisés sur les
lignes intérieures japonaises. ANA calcule que l'achat du MRJ, qui consommera
40% moins de carburant qu'un Boeing 737-500, lui permettra d'économiser jusqu'à
cinq milliards de yens (32 millions d'euros au taux actuel) chaque année.
Mitsubishi Heavy n'a toujours pas officiellement annoncé le lancement
industriel du MRJ. Mais selon la presse japonaise, il le fera dès vendredi, car
il est désormais sûr d'engranger suffisamment de commandes pour que l'avion ait
des chances d'être rentable.
Toujours selon les médias, Emirates et Vietnam Airlines ont manifesté leur
intérêt pour le petit biréacteur. Japan Airlines (JAL), à qui la presse prêtait
ces derniers jours l'intention d'acheter 40 avions, a cependant démenti.
"Nous sommes encore en train d'étudier le MRJ et nous ne sommes encore
parvenus à aucune décision", a indiqué JAL dans un message écrit, rappelant
qu'elle a déjà commandé dix Embraer 170, concurrents du MRJ.
JAL a précisé qu'elle pourrait acheter d'autres avions régionaux "dans les
prochaines années". Elle a estimé que le MRJ "est un projet national
significatif qui contribuera grandement au développement de l'industrie
aéronautique japonaise".
Le MRJ, initiales de "Mitsubishi Regional Jet", constituera un symbole pour
le Japon car il deviendra le deuxième avion de passagers à être construit par le
pays dans toute son histoire, après le turbopropulseur YS-11 lancé en 1962.
MHI, ainsi que ses compatriotes Fuji Heavy, Kawasaki Heavy et IHI, sont
présents depuis des décennies dans l'aéronautique, principalement grâce à
l'américain Boeing. Le Japon construit ainsi 35% du B-787 "Dreamliner".
Mais le Japon n'a jamais été capable de construire ses propres avions de
passagers, à l'exception du YS-11, qui empruntait largement des technologies
étrangères et dont la fabrication a cessé dans les années 1970 après un faible
succès commercial.
"La raison évidente de l'absence au Japon d'un avionneur mondial comme
Boeing ou Airbus est que le pays a été longtemps privé, après la fin de la
seconde guerre mondiale, d'un marché pour les avions de chasse et de transport
militaire", explique un industriel qui ne souhaite pas être cité nommément.
"La défaite du Japon et de l'Allemagne en 1945 a empêché cela. Pour
conquérir le rang de vraie puissance aérospatiale, les deux pays sont donc
devenus des fournisseurs majeurs de composants et de systèmes pour des avions
construits aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en France", poursuit-il.
"De nos jours, les nouveaux programmes aéronautiques sont tellement risqués
qu'il est nécessaire d'y associer de nombreux pays. Les Japonais et les
Allemands se sont spécialisés dans le rôle du partenaire qui partage le risque
des nouveaux avions commerciaux ou des nouveaux moteurs", ajoute l'expert.
Le coût de développement du MRJ est estimé à environ 150 milliards de yens
(980 millions d'euros). Le programme est vivement encouragé par le gouvernement
japonais et MHI compte demander à plusieurs autres industriels (Toyota,
Mitsubishi Corporation, Saab, etc.) de s'y associer.
roc/mj
|