Par Isabelle LE PAGE
ATTENTION - Ajoute commentaire du ministre des Finances ///
FRANCFORT (Allemagne) (AFX) - Plusieurs poids lourds de
l'industrie allemande ont choqué en annonçant à la fois des bénéfices
florissants et des coupes claires dans leurs effectifs, alimentant le sentiment
général d'un discrédit des élites sur fonds de scandale de fraude fiscale.
Cela ressemble à une série noire: Continental 3.800 suppressions d'emplois,
Siemens 6.800, Henkel 3.000, BMW 8.100, le tout en l'espace d'une semaine.
Des chiffres qui frappent l'opinion d'autant plus que la situation
financière des entreprises est bonne voire florissante, ce qui permet à des
groupes comme Bayer jeudi, après Daimler mercredi, de justifier des
augmentations de salaire pour leur patron de respectivement 27% et 68%.
"Quand on demande aux salariés des sacrifices, et que dans le même temps
sont annoncés lors des conférences de presse bilan des milliards de bénéfices et
des hausses de salaires pour les dirigeants, alors ils ne peuvent qu'en déduire
que les coûts et les récompenses sont bien mal répartis", a critiqué jeudi le
ministre social-démocrate des Finances Peer Steinbrück, selon le texte d'un
discours.
Le bénéfice net du constructeur de voitures haut de gamme BMW a bondi de
près de 80% l'an passé, celui de Henkel, le fabricant de Persil de 8%. Le
résultat du conglomérat munichois Siemens a été multiplié par plus de huit,
certes grâce à un gain exceptionel après la vente d'une filiale.
Après le finlandais Nokia, qui avait soulevé l'indignation dans le pays en
annonçant en janvier la fermeture de son usine de Bochum (ouest), menaçant 2.300
emplois directs et plusieurs milliers d'emplois indirects, cela fait décidemment
beaucoup pour les syndicats et pour certains milieux politiques.
"Vouloir seulement réduire le personnel n'est pas un concept soutenable pour
l'avenir", reproche Werner Neugebauer, responsable du syndicat IG Metall en
Bavière, à la direction de BMW.
La déferlante des suppressions d'emplois va laisser ses marques sur le
marché de l'emploi. Le repli continu du chômage, confirmé jeudi par les chiffres
de février de l'Agence pour l'emploi, pourrait ralentir, s'inquiète Klaus
Zimmermann, président de l'institut de conjoncture DIW.
La forte demande en main d'oeuvre et le nombre de postes vacants proche du
million, selon l'agence, ouvre toutefois des perspectives pour ceux qui vont
perdre leur emploi, à condition de répondre aux besoins des entreprises.
"C'est la tendance mondiale. Il y a toujours des suppressions d'emplois,
mais aussi des embauches, et nous espérons que les embauches continueront à
dominer", commente M. Zimmermann.
Alors que les entreprises se plaignent d'une pénurie de main-d'oeuvre,
notamment un manque cruel d'ingénieurs, il serait peut-être enfin temps "de
penser à long terme en qualifiant en conséquence les salariés" au lieu de
dégraisser, suggère le numéro deux du groupe parlementaire des conservateurs du
CDU Michael Meister dans les colonnes du Berliner Zeitung.
Le débat d'un capitalisme inhumain n'est certes pas nouveau. Les
actionnaires ont depuis de nombreuses années priorité sur les salariés en vertu
du concept de "shareholder value" désormais adopté par la majorité des
entreprises. La grimpée des dividendes accordés par les groupes de l'indice
vedette DAX en témoigne.
Mais il prend une nouvelle ampleur alors que le pays est secoué par un
scandale de fraude fiscale sans précédent. Klaus Zumwinkel, ex-patron de la
Poste et personnalité influente du monde économique, a été le premier épinglé et
à dû démissionner. La justice le soupçonne d'avoir fraudé le fisc à hauteur d'un
million d'euros.
Sa chute a terni un peu plus l'image des élites industrielles. Entre un
scandale de pot de vin chez Siemens et une affaire de corruption chez VW,
plusieurs grands dirigeants d'entreprises ont dû sortir par la petite porte ces
dernières années.
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