La France aura du mal à tenir ses objectifs de baisse de déficits et dette
(AVANT-PAPIER)
Par Isabelle TOURNE
PARIS (AFX) - La France devrait annoncer vendredi des chiffres
de déficit et de dette nettement moins bons que prévu pour 2007, ce qui rend de
moins en moins crédible l'objectif du gouvernement d'équilibrer ses finances
publiques d'ici 2012.
Selon le journal Les Echos, le déficit public de la France pour 2007
s'établira à 2,7% du PIB, au lieu des 2,4% prévus initialement.
Le niveau de dette publique, annoncé à 64,2% du PIB pour 2007, devrait être
lui aussi supérieur à la prévision.
Alors que les chiffres officiels seront publiés vendredi matin par
l'Institut national de la statistique, le ministère de l'Economie s'est refusé
jeudi à tout commentaire.
Le Premier ministre François Fillon avait prévenu mardi soir dans un
entretien paru ce jeudi dans L'Express que le montant des déficits publics
(Etat, collectivités locales et Sécurité sociale) serait "sans doute un peu
supérieur aux 2,4% du produit intérieur brut initialement prévus".
Il avait ajouté que le gouvernement français devrait "nécessairement"
réviser son objectif pour 2008. Après 2,7% du PIB en 2006, puis 2,4% en 2007, le
gouvernement prévoyait 2,3% cette année et 1,7% en 2009.
Mercredi, la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, avait confirmé la
nouvelle fourchette de prévision de croissance pour 2008, annoncée par François
Fillon entre 1,7 et 2%, alors que le budget a été bâti sur une hypothèse de
2,25%.
Elle avait indiqué que cela entraînerait une aggravation du déficit public
pour 2008, "compte tenu de l'environnement international, du très net
ralentissement de la croissance américaine et du ralentissement de nos grands
partenaires".
Avec des déficits qui se rapprochent de la barre de 3% du PIB autorisée par
le Traité de Maastricht, la France, qui prend la présidence de l'Union
européenne le 1er juillet, se retrouve en position délicate.
Elle a certes réussi à obtenir un répit de ses partenaires européens:
mi-février, les ministres des Finances de l'Union européenne ont accepté qu'elle
bénéficie d'un peu de temps pour éliminier ses déficits si la conjoncture se
dégradait.
Avant l'élection de Nicolas Sarkozy, la France avait pris l'engagement
d'équilibrer ses comptes d'ici 2010. Elle souhaite désormais y parvenir d'ici
2012.
Mais même cet objectif semble aujourd'hui peu réaliste. "Les déficits
publics devraient atteindre 2,7% du PIB en 2007, 3,1% en 2008 et 3% en 2009;
impossible donc que l'on arrive à l'équilibre en 2012", pronostique Eric Heyer,
de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).
Pour l'économiste, "les gouvernements annoncent chaque année, depuis 2003,
des hausses de dépenses irréalistes, car trop faibles".
"C'est de l'affichage, qui permet de prévoir des déficits en baisse, mais ce
sont des objectifs de maîtrise de dépenses publiques irréalisables, notamment
quand les dépenses de santé ne cessent d'augmenter", explique-t-il.
Si la croissance reste molle, le gouvernement sera donc contraint, selon
lui, de laisser filer ses déficits, "en arguant que la France est plutôt
meilleure élève que les autres pays européens en terme de maîtrise de la dette
et de l'inflation".
Sinon, "il devra décider de revenir sur notre modèle social ou bien
d'augmenter les prélèvements obligatoires", estime Eric Heyer.
François Fillon a une nouvelle fois écarté cette semaine la perspective d'un
"plan de rigueur", régulièrement annoncée par la gauche.
Le président du groupe PS à l'Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault, a jugé
mercredi qu'un "plan d'austérité se mettait en place". Un plan qui prend "la
forme d'une annulation de sept milliards d'euros de crédit" et du "creusement de
la dette qui pèsera de manière insupportable sur les générations futures".
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