Par Amélie HERENSTEIN
MOSCOU (AFX) - Nouvelle déclaration de guerre aux majors
occidentales, espionnage ou lutte de clans autour du futur président Dmitri
Medvedev ? La Russie s'interrogeait vendredi sur les dessous de l'affaire
TNK-BP, groupe pétrolier dans le collimateur des services spéciaux russes.
Tout a commencé mercredi par de mystérieuses perquisitions au siège du
groupe et dans les locaux moscovites de la major britannique BP, qui détient la
moitié de son capital.
Les ténèbres se sont encore épaissies jeudi lorsque le FSB a accusé deux
Russo-Américains, dont un employé de TNK-BP, d'espionnage industriel au profit
de compagnies étrangères.
La diplomatie russe s'est empressée vendredi d'affirmer que l'affaire, qui
intervient dans un climat glacial entre la Russie et la Grande-Bretagne, "relève
de la compétence de la justice et des forces de l'ordre" et "n'est pas liée à
l'état actuel des relations russo-britanniques".
Mais cette déclaration ne semble pas de taille à faire refluer la marée de
rumeurs qui déferle depuis mercredi.
Le quotidien Gazeta paru vendredi cite une source proche du Kremlin
affirmant que l'enquête vise à "brouiller l'image de Dmitri Medvedev dans le
monde et à montrer que la lutte pour la présidence n'est pas encore terminée",
alors que le futur président, élu le 2 mars, doit entrer en fonction le 7 mai.
"Il est possible qu'il s'agisse d'une lutte entre clans", renchérit
Vladimir Pribylovski, directeur du centre d'études Panorama à Moscou, avant
d'ajouter qu'il est également "possible que cela fasse partie de la campagne
anti-britannique en cours en Russie, ou qu'il s'agisse réellement
d'espionnage".
Roland Nash, chef économiste de la banque Renaissance Capital à Moscou,
relève de son côté que l'affaire TNK-BP va forcément faire ressurgir dans la
mémoire des investisseurs les "craintes suscitées par l'entrée en force du
gouvernement dans Sakhaline 2 aux dépens de Shell".
Fin 2006, le géant semi-public Gazprom avait obtenu de prendre le contrôle
de ce gigantesque projet pétrolier et gazier aux confins de la Russie après des
mois de pression de Moscou.
De manière générale, les autorités russes ne font pas mystère de leur
volonté de reprendre en main les ressources naturelles du pays, souvent bradées
lors de la période de chaos des années 90.
Dans ce contexte, la composition de l'actionnariat de TNK-BP, troisième
producteur pétrolier du pays, mais détenu à moitié par un groupe étranger,
apparaît "clairement comme une exception à la règle du jeu énoncée par le
Kremlin", résume Chris Weafer, analyste de la banque russe UralSib.
M. Nash rappelle que Gazprom est d'ailleurs soupçonné depuis longtemps de
vouloir mettre la main sur l'autre moitié de TNK-BP, détenue par des
milliardaires russes. "TNK-BP semble désormais sous forte pression pour conclure
un accord avec Gazprom", juge-t-il.
L'été dernier, TNK-BP avait déjà été contraint de céder à Gazprom la licence
d'exploitation du gisement gazier de Kovykta, mais ce rachat n'est toujours pas
parachevé, ce qui alimente les rumeurs sur une transaction plus large entre BP
et Gazprom.
Elena Anankina, analyste de l'agence de notation Standard and Poor's à
Moscou, souligne toutefois que même le puissant Gazprom pourrait peiner à avaler
TNK-BP, récemment évaluée par l'un de ses actionnaires, le milliardaire Viktor
Vekselberg, à 60 milliards de dollars.
"Etant données l'ampleur de la dette de Gazprom, de la capitalisation de
TNK-BP, de la (mauvaise) situation des marchés financiers (...), je ne vois pas
comment cela pourrait être mis en oeuvre d'un point de vue pratique",
souligne-t-elle, jugeant ce scénario peu probable, "du moins à court terme".
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