Par Odile DUPERRY
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LONDRES (AFX) - Les grands opérateurs d'énergie européens
réfléchissent actuellement à un rachat du groupe écossais British Energy qui
leur assurerait une influence prépondérante sur le renouveau du nucléaire au
Royaume-Uni, et EDF semble très bien parti, à en croire la presse anglaise.
EDF fait même figure de "grand favori", assure le Daily Telegraph selon
lequel le Français veut offrir entre 9,2 et 10,2 milliards de livres, soit entre
11,7 et 13 milliards d'euros.
EDF, déjà propriétaire au Royaume-Uni du fournisseur d'électricité EDF
Energy, et qui viendrait par ailleurs d'acheter des terrains près de deux sites
nucléaires britanniques, paraissait en tout cas le plus avancé vendredi,
première date butoir informelle posée par la banque de British Energy NM
Rothschild pour le dépôt de propositions d'achat.
La presse européenne faisait état des tergiversations d'autres géants comme
l'Allemand RWE, propriétaire au Royaume-Uni de Npower, ou l'Espagnol Iberdrola
propriétaire de Scottish Power, les deux soupesant apparemment un rachat de
British Energy en alliance avec le Britannique Centrica qui ne souhaite pas
rester absent du processus.
Le Royaume-Uni possède actuellement dix centrales nucléaires vieillissantes,
et dans ce pays longtemps riche des hydrocarbures de mer du Nord, la part du
nucléaire dans l'électricité consommée représente seulement 19%, contre les
quatre cinquièmes en France.
Après des années d'atermoiements, et malgré l'opposition des écologistes, le
gouvernement a fini par donner le 10 janvier son feu vert à la construction de
nouvelles centrales dont la première doit ouvrir en 2017. Elles devront
accroître de manière "importante" la proportion du nucléaire dans l'électricité
britannique, a précisé en mars le ministre de l'Industrie John Hutton.
Anticipant l'arrivée de ce gâteau géant, les constructeurs de réacteurs
nucléaires du monde entier, comme le Canadien EACL, General Electric-Hitachi,
Westinghouse (groupe Toshiba), ou le Français Areva allié à EDF ont mis leurs
modèles sur les rangs.
Parallèlement, les grands groupes énergétiques déjà implantés au Royaume-Uni
ont commencé à caresser l'idée d'acheter British Energy, qui possède huit des
dix centrales actuelles, acquisition qui leur assurerait une forte emprise sur
le nucléaire britannique.
La seule information officielle dans cette affaire est le communiqué le 17
mars de British Energy, qui a convenu être "en discussions avec des parties
intéressées" par un partenariat ou son rachat complet.
Mais un achat de British Energy se complique d'une inconnue de taille : que
souhaite faire le gouvernement britannique des 35,2% du capital qui lui restent,
vestige de l'aide publique d'urgence apportée au groupe en 2002? L'an dernier,
le Trésor en a déjà vendu 28% sur le marché pour 2,34 milliards de livres.
A-t-il l'intention de vendre de nouveau tout ou partie de sa part sur le
marché? Ou bien à un opérateur unique? Ou plutôt à plusieurs pour assurer la
concurrence comme le pensent les analystes du Crédit Mutuel-CIC, selon lesquels
il n'est pas possible que "le gouvernement britannique +lâche+ British Energy à
un seul acteur"?.
Le secret entretenu par le gouvernement britannique, accusé par l'opposition
conservatrice d'agir de manière subreptice dans cette affaire, n'a pas été rompu
fin mars, lorsque pas un mot public sur le nucléaire civil n'a accompagné la
rencontre entre le Premier ministre britannique Gordon Brown et le président de
la République Nicolas Sarkozy.
Un silence d'autant plus assourdissant que l'Etat français est tout autant
intéressé à l'avenir de British Energy que la Couronne britannique, puisqu'il
possède 84,9% d'EDF.
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