Par Amélie HERENSTEIN
=(INFOGRAPHIE)=
MOSCOU (AFX) - Le géant russe Gazprom a accru mardi la pression
dans le conflit gazier qui l'oppose à l'Ukraine, en annonçant une coupure
supplémentaire de ses livraisons dès 17H00 GMT, tout en continuant d'assurer ses
clients européens qu'ils n'avaient rien à craindre.
"En l'absence de progrès dans les pourparlers (...), la décision a été prise
de diminuer les livraisons de gaz pour les consommateurs en Ukraine de 25%
supplémentaires du volume habituel à partir du 4 mars à 20h00" (17H00 GMT), a
indiqué le groupe dans un communiqué.
Gazprom avait déjà annoncé avoir réduit ses livraisons d'un quart la veille
(de 35% selon les Ukrainiens): une nouvelle coupure, si elle se confirme,
signifierait donc un volume réduit de moitié.
Cette annonce, faite en milieu de journée, est tombée comme un coup de
tonnerre.
Dans un premier point de presse en matinée, le porte-parole de Gazprom,
Sergueï Kouprianov, s'était contenté d'accuser la partie ukrainienne de traîner
les pieds dans le règlement du conflit, en ne se pressant pas de négocier et en
empêchant l'accès d'"observateurs indépendants" dans deux stations de contrôle
des flux gaziers situées en Ukraine.
Gazprom réclame actuellement aux Ukrainiens des arriérés de dette de 600
millions de dollars. Les deux parties ont également échoué à concrétiser
l'accord de principe conclu le 12 février entre les présidents Vladimir Poutine
et Viktor Iouchtchenko, qui prévoyait une simplification de leur schéma de
livraisons.
Conscient que l'aggravation de la crise pouvait inquiéter ses clients
d'Europe de l'ouest, qui reçoivent 80% de leurs livraisons de gaz russe via
l'Ukraine, Gazprom s'est une nouvelle fois voulu rassurant: "les exportations
vont continuer à plein régime", a assuré M. Kouprianov.
Les joutes gazières sont fréquentes entre les deux pays, mais c'est la
première fois que Gazprom met effectivement à exécution sa menace de couper le
gaz depuis la grande crise du 1er janvier 2006. A l'époque, la coupure avait
perturbé l'approvisionnement de plusieurs pays européens. Gazprom avait alors
accusé Kiev d'avoir "prélevé illégalement" du gaz destiné à l'Europe.
La crise coïncide en outre avec l'élection à une écrasante majorité dimanche
de Dmitri Medvdedev à la présidence russe. Actuellement premier vice-Premier
ministre, M. Medvedev est également à la tête du conseil d'administration de
Gazprom.
Le groupe public ukrainien Naftogaz n'était pas immédiatement joignable pour
réagir à la nouvelle menace de Gazprom. Auparavant, son porte-parole, Valentin
Zemlianski, avait dénoncé des "pressions superflues" de la part de Gazprom.
"Nous souhaitons négocier, mais il ne faut pas nous taper dessus. Hier nous
avons reçu les propositions de Gazprom (pour débloquer la situation) et devons
les étudier avant de formuler notre position", a-t-il expliqué.
Lundi, Naftogaz avait indiqué qu'il disposait de réserves de gaz lui
permettant de tenir un mois.
La presse russe souligne que la question cette fois n'est sans doute pas la
dette elle-même, mais l'établissement des schémas de livraison du gaz, que le
Premier ministre ukrainien, Ioulia Timochenko, a promis de revoir de fond en
comble.
Selon le quotidien Nezavissimaïa Gazeta, le géant russe "est avant tout
intéressé par la création d'une coentreprise avec Naftogaz, qui permettra à
Gazprom d'entrer sur le marché intérieur ukrainien. Lorsque les parties
atteindront un consensus là-dessus, le problème de la dette sera aussi réglé",
estime le journal.
ahe-ant/vl/bfi
|