La crise financière due au système des primes aux banquiers (Stiglitz)
LONDRES (AFX) - L'actuelle crise financière puise en grande
partie son origine dans le système "déraisonnable" des primes aux banquiers qui
les pousse à prendre trop de risques, estime le prix Nobel d'économie américain
Joseph Stiglitz dans une interview publiée lundi dans le quotidien Independent.
"Le système des indemnités a très certainement contribué d'une manière
importante à la crise. Il a été conçu pour encourager la prise de risques mais
il a encouragé la prise de risques excessifs. En fait, il les paie à faire des
paris", a déclaré l'économiste.
"Quand les choses tournent bien, ils s'en tirent avec des primes énormes.
Quand les choses tournent mal, comme maintenant, ils ne partagent pas les
pertes. Même s'ils perdent leur emploi, ils s'en sortent avec d'importantes
sommes d'argent", a-t-il ajouté au quotidien.
Selon l'Independent, les bonus accordés cette année aux banquiers de la City
dépasseront les six milliards de livres (7,7 milliards d'euros) en dépit de
dépréciations d'actifs bancaires qui s'élèvent jusqu'à présent à plus de 60
milliards de livres (77 milliards d'euros) en raison de la crise du crédit.
"La solution n'est pas tant de plafonner les primes mais de faire en sorte
que les pertes soient partagées, tout comme les bénéfices, par exemple bloquer
les primes pendant dix ans: s'il y a des pertes la deuxième, la troisième ou la
quatrième année, les primes seraient réduites de manière appropriée", a
poursuivi l'ancien économiste en chef de la Banque mondiale.
Le Prix Nobel 2001 a par ailleurs stigmatisé les autorités de régulation
financières qui "n'ont pas fait ce qu'elles auraient dû faire". "Les
réglementations elles-mêmes n'ont pas suivi les innovations intervenues sur les
marchés financiers", a-t-il estimé.
Les marchés financiers ont été "mauvais dans l'évaluation des risques". "Ils
n'ont pas compris la nature du risque systémique (et) sous-sestimé les
corrélations", a jugé M. Stiglitz.
La politique monétaire ne pourra pas à elle seule dénouer la crise, croit M.
Stiglitz, qui ajoute: "Il nous faut une plus importante dose de politique
budgétaire, afin d'empêcher l'économie de dégringoler".
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