WASHINGTON (AFX) - Le conseil d'administration du Fonds
monétaire international (FMI) examine vendredi une réforme de son système de
droits de vote, censée donner davantage de poids aux pays du Sud, mais jugée
insignifiante par les experts.
Il s'agit de la première échéance majeure de Dominique Strauss-Kahn, nouveau
directeur général du FMI, choisi, fin septembre, pour rendre sa légitimité à une
institution fortement décriée et menacée d'obsolescence.
Les propositions au menu vendredi prévoient que les pays développés cèdent
une fraction de leur voix équivalente à 1,6 point de pourcentage au profit des
pays émergents ou en développement, indique un document interne dont l' a
obtenu une copie.
Aux termes de cette offre, qui requiert la majorité au conseil pour faire
l'objet d'une résolution en assemblée, les pays du Nord détiendraient 57,9% des
voix (contre 59,5% aujourd'hui) et ceux du Sud 42,1% (contre 40,5%), précise ce
document de près de cinquante pages.
Une refonte de l'équilibre des pouvoirs au sommet de l'institution
sexagénaire a été lancée il y a plus de deux ans et doit théoriquement aboutir
lors de l'assemblée de printemps du FMI, les 12 et 13 avril, à Washington. Elle
a déjà donné lieu à un premier rééquilibrage, décidé en septembre 2006, lors de
l'assemblée annuelle du Fonds, à Singapour.
Si l'on ajoute les propositions qui doivent être examinées vendredi à ce qui
avait été négocié à Singapour, la fraction totale de droits de vote transférés
aux pays du Sud s'élève à 2,7 points de pourcentage, précise le document.
Pour parvenir à ce compromis, les économistes du Fonds ont élaboré un
dispositif complexe.
Il consiste d'abord à tripler les droits de vote de base dont dispose chacun
des 185 pays membres. Cette mesure, plutôt dans le haut des attentes, profite
aux pays pauvres, africains pour la plupart.
S'y superpose une modernisation de la formule régissant les quote-parts de
chaque Etat, qui atténue, sans l'inverser, la domination des pays du G7, en
particulier les Etats-Unis et l'Europe.
Le "paquet" prévoit enfin une série d'"éléments additionnels", clairement
destinés à arracher l'adhésion des pays émergents les plus influents comme
l'Inde, le Brésil ou la Chine, en dopant le surcroît de droits de vote dus à la
stricte application de la nouvelle formule.
Ces rééquilibrages demeurent toutefois très insuffisants, jugent les
experts.
"Le résultat est relativement mince", estime Domenico Lombardi président
d'Oxonia, l'Institut de politique économique de l'université d'Oxford.
Si on exclut le triplement des droits de vote de base, qui profite à des
pays trop faibles pour constituer un contre-pouvoir, même en s'alliant, le
transfert de droit de vote ne dépasse pas 1 point de pourcentage, calcule-t-il.
"C'est plutôt décourageant", déplore Edwin Truman, chercheur au Peterson
Institute. "La substance de l'accord est très faible", dit-il et les arbitrages
politiques évidents: "ils ont acheté les gros (émergents) avec des ajustements
de parts, et les petits en triplant leur droit de vote de base".
"Il vaudrait mieux que le conseil recommande aux gouverneurs (les ministres
des Finances des pays membres, ndlr) de ne pas l'approuver", conclut Nancy
Birdsall, présidente du CGD, une ONG américaine spécialiste du développement.
Les experts pointent également les propositions qui n'ont pas, ou pas
encore, été mises sur la table: le mécanisme de double majorité, pourtant prôné
par DSK durant sa campagne, ou la réduction, au profit du Sud, du nombre de
chaises au conseil d'administration, défendu par le sous-secrétaire américain au
Trésor David McCormick.
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