LONDRES (AFX) - Les prix du pétrole continuaient vendredi matin
à jouer au yo-yo, soutenus par une vigoureuse consommation de distillats et des
craintes au Nigeria, malgré des signes de fléchissement de la demande.
Vers 10H00 GMT (11H00 à Paris), le baril de Brent de la mer du Nord pour
livraison en juin s'échangeait à 123,75 dollars le baril, en hausse de 1,12
dollar par rapport à la clôture de jeudi soir sur l'InterContinental Exchange
(ICE).
A la même heure, le baril de "light sweet crude" pour livraison en juin
valait 125,10 dollars, en hausse de 98 cents sur le New York Mercantile Exchange
(Nymex).
Après avoir enchaîné les records pendant près de deux semaines - avec une
apothéose à 126,98 dollars le baril mardi à New York et 125,90 dollars vendredi
dernier à Londres - les cours du pétrole évoluaient en dents de scie depuis
quatre séances.
En toile de fond, les prix restaient soutenus par une demande très
vigoureuse, notamment en Chine, couplée à une offre qui peine à progresser.
Le marché s'inquiètait notamment des approvisionnements en distillats.
Selon des analystes, les importations de distillats devraient faire un bond
en juin, car la Chine cherche du fioul pour remplacer la production électrique
des centrales au gaz interrompues à cause du séisme du Sichuan.
"La demande de distillats demeure forte, l'Europe le disputant à l'Asie", a
ainsi affirmé Robert Laughlin, courtier chez MF Global.
Les prix se nourrissaient également du sentiment que l'offre demeure
vulnérable à des interruptions, notamment au Nigeria, premier producteur de brut
africain.
Un nombre important de victimes - la confusion régnait sur son bilan
vendredi - ont péri jeudi dans une explosion sur un oléoduc dans la banlieue
nord de Lagos, la capitale économique du Nigeria.
Par ailleurs, l'épouse d'un cadre du groupe pétrolier français Total a été
enlevée dans l'Etat de Rivers, dans le sud pétrolier du Nigeria, a annoncé
vendredi un porte-parole de la police. Deux jours plus tôt, onze personnes
travaillant pour le groupe pétrolier américain Chevron, avaient été kidnappées.
En 2007, plus de deux cents étrangers employés dans le secteur pétrolier ont
été enlevés au Nigeria, et libérés pour la plupart après le paiement d'une
rançon.
En raison de l'insécurité qui règne depuis plus de deux ans dans la zone de
production, le Nigeria, huitième exportateur mondial de brut, ne produit plus
depuis un an qu'à peine un peu plus de 2 millions de barils par jour, 25% de
moins qu'en temps normal.
Au fil de la semaine, plusieurs signes indiquant une légère érosion de la
demande ont néanmoins émergé.
Jeudi l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) a revu en léger
recul sa prévision de la hausse de la demande de brut dans le monde en 2008 à
1,35%, contre 1,40% en avril, en raison notamment de la faible demande d'essence
généralement observée au deuxième trimestre, dans son rapport de mai.
L'affaiblissement de la demande avait déjà été pointé du doigt mardi par
l'Agence internationale de l'énergie (AIE), qui avait nettement révisé à la
baisse ses pronostics de demande pour 2008.
Mercredi, le département américain de l'Energie (DoE) avait également révélé
un fléchissement de la consommation américaine de produits pétroliers.
"L'Indonésie a confirmé hier (jeudi, ndlr) qu'elle abandonnerait une partie
des subventions sur l'essence vendue dans le pays, allongeant la liste des pays
émergents qui ne peuvent plus continuer à protéger leur économie des prix
internationaux du pétrole", a par ailleurs rapporté Olivier Jakob, du cabinet
Petromatrix.
Avec le doublement des prix du brut en un an, les subventions sur les
carburants sont en effet devenues un fardeau écrasant pour les pays importateurs
de brut, qui vendent l'essence à un prix plafonné mais achètent l'or noir au
prix fort.
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