Le moral des Français au plus bas, de mauvais augure pour la croissance
(PAPIER GENERAL)
Par Isabelle TOURNE
=(INFOGRAPHIE)=
PARIS (AFX) - Le moral des Français a continué de se dégrader
en mars, chutant à son plus bas niveau historique, ce qui laisse craindre un
repli de la consommation dans les mois à venir, une mauvaise nouvelle
supplémentaire pour une croissance déjà chancelante.
L'indicateur mesurant le moral des ménages a reculé d'un point à -36 contre
-35 en février, en données corrigées des variations saisonnières, a annoncé
l'Insee vendredi.
L'indicateur dégringole ainsi à son plus bas niveau depuis l'existence de
l'enquête, en 1987.
"Mais où s'arrêtera la descente aux enfers de la confiance des ménages
français ?" s'interroge Marc Touati, économiste de Global Equities. A l'inverse
des industriels, "les ménages sont de plus en plus pessimistes en dépit de la
baisse du chômage", relève-t-il.
Ainsi "les principaux indicateurs continuent de se détériorer".
L'opinion des ménages sur l'évolution passée de leur niveau de vie a
notamment chuté à un nouveau plus bas en mars (à -71 contre -69 en février),
selon l'Institut national de la statistique.
Les Français considèrent que leur situation financière s'est dégradée. Les
perspectives d'évolution de cette situation reste stable, mais à un "niveau
extrêmement bas", selon M. Touati.
"Concernant les prix, les ménages sont beaucoup plus nombreux qu'en février
à estimer que les hausses ont été fortes" dans le passé, ajoute l'Insee, le
solde de l'opinion sur l'évolution passée des prix bondissant de 42 à 59.
Mais c'est surtout la dégradation de leur intention d'effectuer des achats
importants qui nourrit les inquiétudes.
L'indice qui mesure ce sentiment s'est encore replié de 2 points en mars,
subissant un effondrement de 24 points depuis juillet dernier.
"Du jamais vu depuis mai 1997", souligne Alexander Law, chez Xerfi. "Les
ménages estiment que le moment est désormais venu de se reconstituer une épargne
de précaution, quitte à délaisser les rayons des magasins pendant quelques temps
encore", en conclut-il.
Tout en précisant qu'il n'y a pas forcément corrélation entre l'indice de
confiance des ménages et les comportements en matière de consommation, "il y a
aujourd'hui danger", affirme pour sa part Nicolas Bouzou, d'Asterès.
L'économiste estime possible "une remontée du taux d'épargne au cours des
prochains mois, qui se traduirait dans les faits par un freinage des dépenses et
un moindre recours au crédit".
Le risque est qu'une éventuelle baisse de la consommation, principal moteur
de la croissance, ne vienne encore affaiblir une économie déjà chancelante, sous
l'effet notamment de la crise financière.
Le gouvernement vient de réviser à la baisse sa prévision de croissance,
dans une fourchette comprise entre 1,7% et 2%, alors que le budget a été bâti
sur une hypothèse de croissance de 2,25%.
"Le pouvoir d'achat a fortement ralenti au quatrième trimestre" et "la nette
accélération de l'inflation en ce début d'année va continuer de grignoter les
revenus des ménages", souligne M. Law, pour qui "la consommation tournera au
ralenti au premier semestre".
L'économiste table ainsi sur une croissance de 1,4% en 2008, un chiffre
nettement inférieur à la prévision gouvernementale.
Seule consolation, "davantage de ménages anticipent un ralentissement des
prix au cours des douze prochains mois", selon l'Insee. Une anticipation qui
pour Mathilde Lemoine, économiste chez HSBC, "peut laisser espérer une pause
dans la dégradation du moral des ménages".
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