Les dossiers médicaux personnels, nouvel enjeu pour Google et Microsoft
(PAPIER D'ANGLE)
Par Laurence BENHAMOU
NEW YORK (AFX) - Les deux rivaux américains Microsoft et Google
déploient chacun un système pour que les particuliers gèrent et stockent leurs
données médicales personnelles sur internet, un enjeu d'avenir qui peut leur
ouvrir la porte de l'énorme marché de la santé.
Le groupe internet Google a présenté cette semaine son futur site Google
Health, où "dans quelques mois" chacun pourra stocker et centraliser ses données
médicales, qu'il aura -- en principe-- pu télécharger auprès de son docteur, son
hôpital, son laboratoire d'analyses, son pharmacien, etc.
Encore conservés sous forme papier par l'immense majorité des patients et
des médecins, les dossiers médicaux, une fois mis sous forme électronique et en
ligne, seront le support idéal de publicités ciblées, mais pourront aussi
susciter de nouvelles formes de politiques de santé et de prévention.
De quoi aiguiser l'appétit aussi de Microsoft, qui a lancé début octobre un
projet similaire, baptisé HealthVault, ou de concurrents comme RevolutionHealth,
lancé en 2007 par le fondateur d'AOL Steve Case.
La mise en place de ces dossiers numérisés intéresse aussi la France, où un
projet similaire, mais piloté par le gouvernement, a pris du retard, devant les
difficultés techniques. L'objectif est de créer un outil informatique
centralisant toutes les informations médicales de chaque assuré social.
Les deux groupes privés américains proposent, eux, déjà des solutions
pratiques, même s'il faudra du temps avant que les données soient effectivement
disponibles sous forme numérique.
Google promet une palette de services personnalisées (renouvellement
automatique d'ordonnances, rappel automatique de prise des médicaments, gestion
des rendez-vous médicaux...). Chacun pourra contrôler son dossier, y accéder
partout et gérer facilement le transfert de données entre services médicaux.
Google teste déjà son service avec la Cleveland Clinic, gros centre médical
de Cleveland (nord), auprès de plusieurs milliers de patients. .
Microsoft propose lui une plate-forme plus large: un logiciel gratuit,
HealthVault, qui se veut l'interface centrale entre particuliers et
professionnels, ouvert aux programmeurs extérieurs.
Ce service réunit déjà une série d'applications de partenaires tiers, pour
gérer son dossier médical mais aussi surveiller son poids, sa pression sanguine,
son endurance, obtenir des conseils, etc.
Le leader mondial des logiciels a déjà réuni une centaine de partenaires --
associations professionnelles, entreprises, hôpitaux et fabricants de
matériels--, pour que les données soient directement transférées sur
HealthVault.
Par exemple un diabétique pourra transférer automatiquement son taux de
glucose, que son médecin pourra consulter, plutôt que d'apporter des résultats
sur papier et sur rendez-vous.
Les deux géants pourraient bien au final s'avérer complémentaires, note
Andrew Rocklin, de Diamond Management & Technology Consultants: Google s'adresse
aux particuliers alors que Microsoft veut d'abord aider les professionnels à
mettre leurs données sous forme électronique.
Ce créneau est porteur: plus de la moitié des adultes américains cherchent
régulièrement des informations de santé sur internet. Mais selon le New York
Times, seuls 20% des patients américains ont des dossiers informatisés, détenus
par des médecins ou des assureurs, difficiles à récupérer.
Autre souci, même si Google et Microsoft affirment qu'ils ne laisseront
aucune tierce partie accéder aux données sans consentement explicite du patient,
les associations de défense de la vie privée s'inquiètent déjà des risques des
dossiers médicaux sur internet, comme le World Privacy Forum dans un rapport
paru fin février.
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