Par Christian CHARCOSSEY
PARIS (AFX) - Dassault, Arnault, Pinault, Bouygues, Leclerc
mais aussi Mestrallet (Suez) et Dubrule (Accor): les grands patrons français
investissent dans des vignobles prestigieux, pour le plaisir mais aussi pour
démontrer qu'ils peuvent réussir dans un autre secteur.
"Mon grand-père Marcel a été le premier industriel français en 1955 à
acheter un domaine viticole, mais il a été imité par beaucoup d'autres depuis",
rappelle à l' Laurent Dassault, petit-fils du fondateur du groupe
aéronautique qui gère le Château Dassault, un Saint Emilion, ainsi que des
domaines en Argentine et au Chili.
"Le vin ne représente qu'une petite partie du chiffre d'affaires du groupe
mais nous apporte une image considérable auprès de nos clients, surtout les
Américains, les Russes et les Chinois", souligne-t-il.
M. Dassault est également fier de pouvoir faire visiter à ses clients le
mythique Château Cheval-Blanc, propriété de Bernard Arnault (LVMH) et du baron
belge Albert Frère, et dont la famille Dassault possède une petite partie.
Michel-Edouard Leclerc, le patron des centres éponymes, mêle lui aussi
habilement plaisir et affaires. "Les centres Leclerc achètent 550.000 des
750.000 bouteilles produites par le Château Roques Mauriac acquis par mon père
Edouard", confie-t-il.
Beaucoup d'autres affirment plutôt faire oeuvre de "mécénat", en attendant
d'éventuels bénéfices, comme Pierre Guénant, patron du groupe PGA (distribution
automobile et matériel de BTP), propriétaire du Château Beaulieu, près
d'Aix-en-Provence.
"J'ai toujours perdu de l'argent, encore 150.000 à 250.000 euros par an,
depuis que j'ai acheté le Château Lagrezette il y a 28 ans, même si j'ai fait
connaître l'appellation Cahors dans le monde entier", dit Alain-Dominique
Perrin, ex-PDG de Cartier et administrateur du groupe suisse Richemont.
Fille de Jacques Durand, le fondateur d'Arc International (ex-Cristallerie
d'Arques), Catherine Péré-Vergé, explique qu'il décide "de la date des vendanges
et participe aussi aux assemblages" de ses quatre châteaux dans le Bordelais.
Sans oublier, business oblige, de créer un verre "oenologue" pour le groupe
familial.
Florence Rogers, belle-fille de François Pinault, le fondateur du groupe PPR
(luxe et distribution), se trouve depuis 1998 à la tête du célèbre Château
Latour, propriété de la holding familiale Artemis.
D'autres ont carrément changé de vie pour assouvir leur passion. C'est le
cas d'Olivier Decelle (ex-PDG des magasins de surgelés Picard) et Daniel
Cathiard (ex-PDG de GO sport).
"Le retour sur investissement n'est pas immédiat mais c'est une bonne
affaire car la propriété prend beaucoup de valeur", reconnaît M. Cathiard,
propriétaire du Château Smith Haut-Lafitte et pionnier des spas de
vinothérapie.
Pour M. Decelle, qui a acquis le Mas Amiel dans les Pyrénées-Orientales et
Château Jean Faure à Saint-Emilion, "ce n'est pas extrêmement rentable mais
quand on veut courir en Formule 1, il faut pouvoir se payer une écurie".
Un rêve qui a incité les frères Martin et Olivier Bouygues à s'offrir en
2006, pour 140 millions d'euros, le Château Montrose, un Saint-Estèphe, en
souvenir de leur père Francis dont c'était le vin favori.
cch/jlb/ol
|