Les marchés financiers hantés par le spectre de la stagflation (ECLAIRAGE)
Par Françoise MEDGYESI
PARIS (AFX) - Le spectre de la stagflation, un mal économique
identifié il y a une quarantaine d'années, hante les marchés financiers
déboussolés par la crise des subprimes, l'envolée des prix du pétrole, vecteur
d'inflation, et les signes d'essoufflement de nombre d'économies occidentales.
Après avoir été bousculées à l'automne dernier par les crises américaines
des subprimes et de l'immobilier, les bourses essuient de nouvelles tempêtes
depuis quelques semaines: aux Etats-Unis, la baisse sur un an atteint 17%, en
Allemagne 22%, à Hong-Kong 23%, en Suisse et aux Pays-Bas 27%, en France et en
Italie 30%.
D'une ampleur inconnue depuis l'éclatement de la bulle internet au début des
années 2000, cette dégringolade reflète les craintes d'une stagflation des
économies occidentales, un phénomène identifié dans les années 70.
La stagflation -- contraction des mots stagnation et inflation-- mêle des
données contradictoires : ralentissement économique et son corollaire hausse du
chômage, à une montée simultanée et rapide de l'inflation. Facteurs antinomiques
car le fonctionnement normal de tout marché veut que les prix s'assagissent
lorsque la demande recule.
Ce scénario les Etats-Unis avec une inflation de 13,5% l'ont vécu en 1981
avant que Paul Volcker, président de la Fed, grâce à un spectaculaire tour de
vis de la politique monétaire, ramène ce pic à 3,2% deux ans plus tard.
De là les banques centrales ont conquis leur indépendance, avec pour mission
première de veiller à l'évolution des prix.
Jeudi, la Banque Centrale Européenne (BCE) a pour la première fois depuis un
an relevé d'un quart de point son taux directeur (4,25%) pour stabiliser les
prix à moyen terme. Car depuis l'automne dernier l'inflation relève la tête un
peu partout dans le monde. Elle atteint en moyenne 4% dans la zone euro et
dépasse même ce niveau aux Etats-Unis.
Même les pays émergents ne sont pas épargnés par ces résurgences de
l'inflation. L'indice des prix a été multiplié par trois depuis le début de
l'année en Inde.
Tenu pour principal responsable de ce regain inflationniste le doublement
en deux ans du prix du baril de pétrole qui, aujourd'hui, est accroché à des
sommets inégalés (146 dollars).
"Cette envolée du brut couplée à celle des matières premières en
particulier agricoles pèse à hauteur de 7 à 8% dans l'indice des prix", explique
Xavier Timbeau, directeur du département analyse et prévision de l'OFCE.
Cette inflation aura sans nul doute des répercussions sur la consommation
des ménages, principal moteur de l'économie en France ces dernières années et
donc sur les résultats des sociétés qui, en France, étaient plutôt brillants au
premier trimestre 2008.
Aujourd'hui, les économistes français ne tablent plus que sur une
croissance de 1,6 à 1,8% en 2008 après 2,1% l'an dernier. "Considérant que les
fondamentaux économiques sont sains en zone euro", la BCE s'attend toujours à
une croissance modérée en 2008", a dit Jean-Claude Trichet président de la BCE
qui exclut, lui, un phénomène de stagflation.
"A l'échelle mondiale nous avons de l'inflation, nous n'avons pas de
stagflation", a-t-il déclaré jeudi.
Ce sentiment est partagé par M. Timbeau. " Nous sommes dans un processus
d'inflation classique, la stagflation est verrouillée aujourd'hui. Nous ne
sommes plus dans un processus de fuite en avant, caractérisée dans les années 80
par une course salaire-prix. La dérégulation du marché du travail a freiné de
façon spectaculaire cette course", estime le conjoncturiste.
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