Les records de l'euro exacerbent l'inquiétude des industriels
(ACTUALISATION, PAPIER D'ANGLE)
Par Gaëlle GEOFFROY
ATTENTION - Ajoute précisions d'Alstom au quinzième paragraphe ///
PARIS (AFX) - Les records atteints successivement par l'euro
face au dollar exacerbent l'inquiétude des industriels européens, toutefois
inégalement armés pour résister aux effets indésirables d'une devise forte.
L'euro a dépassé mardi pour la première fois le seuil de 1,50 dollar.
A de tels niveaux, "chaque nouvelle progression est insupportable" pour les
exportateurs européens, note Nicolas Bouzou, économiste chez Asteres.
"Le renchérissement de l'euro impose un changement permanent de stratégie
simplement pour ne pas perdre de terrain", témoigne Luca Cordero di Montezemolo,
président du groupe Fiat et de Confindustria, le patronat italien.
L'envol de la devise pèse déjà depuis de nombreux mois sur les exportations
des constructeurs automobiles et aéronautiques, ainsi que des groupes de luxe et
agroalimentaires de la zone euro, en renchérissant le coût de leurs produits sur
les marchés étrangers.
Dans l'industrie du luxe, les politiques de couverture des variations de
changes et les hausses de prix, censées compenser le bond de l'euro, atteignent
leurs limites.
Le risque: perdre des parts de marché, voir les marges s'amenuiser, et
devoir prendre des mesures de réduction des coûts.
Les conséquences industrielles sont déjà visibles. "Dans l'aéronautique ou
l'automobile, on constate une pression des donneurs d'ordre pour que les
sous-traitants délocalisent", indique M. Bouzou.
Alors que l'euro approchait 1,49 dollar fin novembre, le président de
l'avionneur européen Airbus, Thomas Enders, brandissait la menace de nouvelles
mesures d'économies. "Nous devons revoir notre modèle industriel. Tel qu'il est,
il n'est plus assez résistant", a-t-il prévenu.
Quelques jours plus tard, le président de Dassault Aviation, Charles
Edelstenne, prévenait à son tour qu'il allait délocaliser une partie de la
production "dans des zones dollar ou à bas prix".
Jusqu'à présent, l'impact de l'euro fort a été davantage ressenti par les
industriels des "pays très sensibles à la +compétitivité-prix+, en particulier
l'Italie et la France", explique Alexander Law, économiste chez Xerfi.
Fabricants de produits peu innovants, peu différenciés, les exportateurs
français ou italiens, souvent de petite taille, ne peuvent que difficilement
jouer sur les prix pour absorber les effets de changes.
A l'inverse, l'Allemagne, première économie de la zone euro, est parvenue à
bâtir une position suffisamment solide à l'étranger pour se préserver de l'euro
fort, du moins jusqu'à présent. Ce qui faisait dire à l'automne au ministre
social-démocrate Peer Steinbrück qu'"un euro fort est mieux qu'un euro faible".
Evoquant des exportations allemandes "qui ne cessent de croître", le
président de la Commission européenne José Manuel Barroso a cité le pays en
exemple récemment.
En Italie comme en France, où l'inquiétude n'est pas nouvelle, "certains
souffrent beaucoup", alerte Mario Boselli, le président de la chambre de la mode
italienne. Pour le français Alstom, qui "cherche à équilibrer (ses) activités
entre zone dollar et zone euro (...), ce sont les variations très brutales des
parités qui rendent les ajustements encore plus difficiles".
Conséquence, certains en appellent à la Banque centrale européenne (BCE),
dont la politique monétaire, qui a pour principale mission de lutter contre
l'inflation, a été très critiquée par le président français Nicolas Sarkozy.
Et pour Louis Gallois, le président exécutif d'EADS, les autorités
européennes "doivent se réveiller".
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