VADUZ (AFX) - Les riches fraudeurs fiscaux ont tremblé toute la
semaine au fur et à mesure que les pays concernés égrenaient le nombre de leurs
concitoyens soupçonnés d'avoir camouflé une part de leur fortune au
Liechtenstein.
Les autorités fiscales de plusieurs pays membres de l'OCDE (Organisation de
coopération et de développement économiques) ont fait preuve de solidarité cette
semaine dans la traque aux contrevenants, après avoir obtenu de l'Allemagne des
informations sur les comptes ouverts par leurs ressortissants au Liechtenstein.
Dans le même temps, le Liechtenstein a semblé montrer des signes de bonne
volonté. Jeudi à Bruxelles, son Premier ministre a annoncé son souhait de
conclure l'accord de coopération sur la fraude fiscale avec l'Union européenne,
dont les négociations ont été lancées il y a six mois.
Berlin, qui a fait éclater cette affaire en lançant une vaste enquête
mi-février sur l'évasion fiscale, a épinglé 91 fraudeurs, qui ont reconnu les
faits alors que 72 autres personnes se sont dénoncées pour éviter les
poursuites.
Les services fiscaux allemands ont déjà récupéré 27,8 millions d'euros, une
somme "qui croît chaque jour", selon Hans-Ulrich Krück, procureur du parquet de
Bochum (Ouest de l'Allemagne)
Outre la banque LGT du Liechtenstein, les investigations allemandes se
dirigent désormais vers une deuxième banque à l'étranger, dont elles taisent le
nom.
Berlin a admis avoir versé plus de 4 millions d'euros pour obtenir d'un
informateur des listes de données dérobées dans la banque LGT du Liechtenstein,
essuyant les critiques de Vaduz, qui a accusé l'Allemagne d'atteintes à sa
souveraineté.
Le parquet de Vaduz a déclenché mercredi une enquête préliminaire contre la
taupe présumée Heinrich Kieber, mais aussi contre des "auteurs inconnus" sous le
soupçon de "divulgation de secrets d'entreprise au profit de l'étranger".
Vendredi matin un porte-parole du parquet a précisé à l' que l'enquête
concerne l'auteur présumé "mais aussi tout instigateur ou complice".
Le parquet a adressé deux demandes d'entraide judiciaire aux parquets de
Bochum et de Munich.
La France a indiqué que 200 de ses ressortissants étaient concernés par
l'évasion fiscale vers la petite principauté, d'après une liste transmise par
les autorités britanniques. Le ministère du Budget français a tenu à préciser
que l'obtention de ces informations n'avait pas été rémunérée.
En Grande-Bretagne, des sources à l'administration fiscale ont reconnu avoir
payé pour obtenir la liste de leurs ressortissants suspectés de fraude, sans
divulguer le nombre de personnes concernées.
"La plupart des personnes dans la ligne de mire de l'enquête doivent payer
des montants substantiels, avec au moins 100 millions de livres de taxes en jeu
au Royaume-Uni", a affirmé le président de l'administration fiscale et douanière
britannique, Dave Hartnett.
Dans le sud de l'Europe, l'Italie, l'Espagne et la Grèce se sont lancées à
leur tour à la recherche des fraudeurs.
Rome s'est inquiétée du "nombre considérable" d'Italiens figurant sur la
liste qu'elle a reçue dans le cadre de la coopération avec les pays de l'OCDE.
"Je ne sais pas si la liste qui nous a été envoyée est exhaustive ou s'il ne
s'agit que d'une première partie", a précisé le vice-ministre de l'Economie
Vincenzo Visco.
En Suède, l'administration fiscale soupçonne une centaine de ses
ressortissants d'être concernés par la fraude au Liechtenstein.
Hors d'Europe, les Etats-Unis, l'Autralie et le Canada se sont également
lancés dans la bataille contre l'évasion fiscale.
"Plus de cent contribuables" sont impliqués dans l'enquête menée par
Washington sur des comptes au Liechtenstein, a indiqué le fisc américain.
Le même nombre a été donné par les autorités canadiennes, qui a commencé à
examiner les cas.
Enfin l'Australie mentionne "vingt cas" possibles.
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