Par Véronique DUPONT
PARIS (AFX) - L'hypothèse d'un sauvetage des banques par les
Etats pour mettre fin à une crise qui menace l'ensemble du système financier
gagne du terrain, même si cette solution revient à faire assumer aux
contribuables les dérives de certains investisseurs.
Une solution de dernier ressort qui pourrait s'avérer extrêmement coûteuse
mais permettre d'éviter des conséquences économiques graves et durables.
"La collectivité dans son ensemble" va peut-être être amenée à "prendre en
charge" le coût de la lutte contre une faillite du système bancaire, a averti
Dominique Strauss-Kahn, directeur du Fonds monétaire international.
"Il faut donner le signal que les autorités sont prêtes à faire ce qui est
nécessaire" pour éviter un effondrement du système financier planétaire, a
renchéri Angel Gurria, secrétaire général de l'OCDE.
L'administration Bush se dit pour l'instant opposée à toute forme de
sauvetage fédéral des banques, mais certains membres du Congrès américain
plaident déjà en ce sens.
Pour Michel Aglietta, économiste du Centre d'études prospectives et
d'informations internationales (Cepii), une telle option risque de "devenir
nécessaire": on en est à la "phase pénultième avant une socialisation complète
des pertes des banques".
En Allemagne, la banque IKB a déjà bénéficié trois fois d'une aide massive
de l'Etat allemand, et le patron de Deutsche Bank, Josef Ackermann, a demandé
une action commune de l'Etat, des banques et Banques centrales pour venir à la
rescousse des établissements financiers.
La Grande-Bretagne a nationalisé la banque Northern Rock pour lui éviter la
faillite mais l'addition pour les contribuables pourrait s'élever à 55 milliards
de livres (plus de 70 milliards d'euros).
Au début des années 90, le gouvernement suédois était venu au secours du
système bancaire en offrant sa garantie à la dette des banques commerciales, la
banque centrale donnant un accès illimité au crédit.
A la même époque, le gouvernement américain avait mis fin à la crise des
"Savings and Loans", les caisses d'épargne américaines, en créant un fonds
fédéral (Resolution Trust Corporation, RTC) qui a repris leurs mauvaises
créances.
En France, le sauvetage du Crédit Lyonnais, qui a coûté des centaines de
millions d'euros, reste dans les mémoires.
Recourir à l'argent public pour empêcher la faillite de banques dont les
gestionnaires ont pris des risques inconsidérés présente le risque d'encourager
la poursuite de telles pratiques.
Mais le "coût social d'une faillite bancaire qui en entraîne d'autres serait
bien plus important", souligne M. Aglietta.
Un avis partagé par Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes,
pour qui les grands acteurs de la finance mondiale (ministres, banquiers
centraux, régulateurs) doivent se réunir pour offrir un "soutien massif (aux)
acteurs les plus en danger".
Cela pourrait aller "jusqu'à la nationalisation" de banques ou de
rehausseurs de crédit, qui ont assuré des titres adossés sur de mauvaises
créances.
A l'instar du RTC, M. Lorenzi propose la création de fonds publics destinés
à "reprendre dans leur bilan les titres les plus problématiques détenus par les
établissements financiers, et dont les pertes finales seraient garanties par les
Etats".
Une intervention gouvernementale aux Etats-Unis peut aussi prendre la forme
d'une modification de la législation pour "éviter le problème des saisies et
ventes forcées" de logements, qui accentuent le retournement du marché
immobilier et les pertes des banques, souligne M. Aglietta.
D'après lui, le sauvetage d'une grande banque paneuropéenne serait plus
difficile à gérer qu'aux Etats-Unis, car il existe des autorités de supervision
dans chaque pays dont les positions divergent".
"S'il faut mettre à contribution des budgets nationaux, il va y avoir des
batailles pour définir les pays qui doivent payer: ceux où se trouvent les
filiales ou seulement la maison mère?", argumente-t-il.
ved/jlb/ang
|