PARIS (AFX) - Le cours élevé de l'euro par rapport au dollar
"est en train d'asphyxier une bonne partie de l'industrie européenne en laminant
ses marchés à l'exportation", affirme le président exécutif du groupe européen
EADS Louis Gallois dans un entretien au Figaro jeudi.
"Si cela continue, l'industrie exportatrice fuira l'Europe", met-il en
garde.
"Le dollar est pour nous un sujet majeur", souligne-t-il. "A plus long
terme, nous devons rééquilibrer nos activités entre Airbus et nos autres métiers
--défense, espace, services-- beaucoup moins sensibles aux évolutions du
dollar", explique-t-il.
"L'évolution du dollar et les difficultés que nous avons éprouvées sur
certains programmes --A380 et l'avion de transport militaire A400M-- pèsent de
façon excessive à mon sens sur la façon dont le marché valorise EADS", note M.
Gallois.
Interrogé par ailleurs sur la prochaine vente de sept usines du groupe en
Europe, M. Gallois a estimé que "la crise financière rend les choses plus
difficiles" et que "des discussions se poursuivent dans les trois pays
concernés", à savoir l'Angleterre, l'Allemagne et la France.
"Les conditions on totalement changé depuis décembre", a-t-il ajouté,
précisant que "les acheteurs potentiels ont plus de difficultés à trouver les
financements nécessaires". "Nous leur demandons en outre de prendre leur part du
risque dollar", a-t-il averti.
Le 19 décembre, EADS et sa filiale Airbus avait annoncé le choix des
repreneurs de six de leurs sites: le français Latécoère pour les deux sites
français, l'allemand MT Aerospace pour les trois sites allemands et l'anglais
GKN pour le site anglais. Le nom du repreneur du septième site, également en
Allemagne, n'a pas été annoncé.
Par ailleurs, concernant l'octroi d'une éventuelle "golden share", M.
Gallois rappelle son "intérêt" pour une telle mesure afin de "protéger EADS de
prises de contrôle contraires aux intérêts de souveraineté qu'elle représente".
"D'autres solutions existent", a-t-il dit, soulignant que "les décisions
appartiennent aux actionnaires de contrôle", à savoir Daimler, Lagardère et
l'Etat français.
Le président du conseil d'administration d'EADS, Rüdiger Grube, s'était
prononcé lundi pour l'interdiction à l'entrée d'un investisseur étranger à plus
de 15% dans le groupe européen d'aéronautique et de défense, plutôt que
d'accorder une "golden share" à la France et l'Allemagne.
M. Grube préside depuis l'automne dernier un groupe de travail chez EADS
planchant sur l'octroi d'une éventuelle "golden share" (une action
préférentielle dotée d'un droit de veto, attribuée aux Etats français et
allemand au sein du géant européen).
M. Gallois s'est aussi exprimé sur l'enquête de l'Autorité des marchés
financiers (AMF) concernant les délits d'initiés présumés au sein d'EADS lors de
la vente massive d'actions fin 2005-début 2006. Cette vente avait eu lieu avant
l'annonce des graves difficultés du groupe européen, qui avait fait plonger le
titre en Bourse.
M. Gallois, nommé à la tête d'EADS en juillet 2006, tient à "rappeler le
préjudice considérable causé aux personnes et à EADS par les fuites sur le
prérapport (de l'AMF) en octobre dernier".
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