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AGBARHA-ATOR (AFX) - Au sud de la ville de Warri, au coeur du
delta pétrolier du Niger, la région d'Agbarha-Ator étale sa pauvreté de village
en village. L'or noir a fait en 50 ans la fortune du Nigeria, mais la misère de
milliers d'habitants du Sud du pays.
Des toits de tôle rouillée, une végétation qui se meurt par endroits, des
rivières noires, des barques de pêche abandonnées. Autrefois, ici, on pêchait ou
on cultivait de père en fils. Maintenant on boit. Du vin de palme. Pour oublier
les rêves évaporés et les promesses oubliées de développement.
Felix Onoro est intarissable sur le passé, sur les pêches prétendument
miraculeuses de son père. A 65 ans, il ne vit plus que de l'argent que lui
donnent ses cinq enfants et des quelques légumes qu'il fait pousser sur un lopin
de terre, derrière sa bicoque de deux chambres.
"Jusqu'à sa mort, mon père était un grand pêcheur. Il gagnait tellement bien
qu'il a pu envoyer deux de ses enfants étudier à l'étranger. Mais avec le début
du pétrole (il y a une cinquantaine d'années, ndlr), les eaux ont commencé à
noircir et les poissons à mourir les uns après les autres", raconte-t-il. D'une
main rageuse, il essuie sa moustache trempée de vin.
Au loin, des torchères crachent leurs fumées et leurs odeurs. La communauté
de villages d'Agbarha-Otor compte environ 500.000 habitants, mais s'amenuise
régulièrement. Dès qu'ils ont un petit bagage d'éducation, les jeunes s'en vont.
Pas d'avenir ici.
Pour Felix et ses copains de boisson, le coupable a un nom: Shell. Dans la
région depuis des décennies, le géant néerlando-britannique y exploite 25
puits.
"Ils n'ont rien fait pour nous", s'emporte le vieux pêcheur.
Du côté de Shell, on réplique avoir déboursé l'an dernier 50.000 dollars
rien que pour le village d'Agbarha-Otor en micro-crédits et en bourses
d'études.
"La route principale a été goudronnée, les classes de l'école ont été
remeublées, et on a donné de l'équipement scientifique à un collège de la
région", ajoute un porte-parole de la multinationale.
Plusieurs spécialistes de la région expliquent que le problème vient en
partie du fait que l'argent donné par les multinationales s'évanouit dans les
poches de quelques responsables locaux.
Quant au chef traditionnel Joshua Udi, il accuse les dirigeants du pays de
se servir de l'argent du pétrole pour développer tout le reste du Nigeria,
tandis que les populations du Delta continuent de vivre dans une pauvreté
criante.
"Nous n'avons pas d'eau potable, pas de bonnes routes, pas d'hôpitaux, pas
d'école, pas de boulot. Tout ce qu'on a c'est de la pollution, des fuites de
pétrole, des fumées de torchères, un environnement dégradé. C'est pathétique",
dit-il.
"Le gros de notre richesse est volé par des officiels gouvernementaux, leurs
copains et leurs familles, tandis qu'ici les gens végètent dans une misère
sordide", maugrée Kimse Okoko, un des principaux dirigeants de la communauté
ethnique locale, les Ijaw.
Le Nigeria a beau être le huitième exportateur mondial de pétrole, la
majeure partie des gens du Delta continuent de vivre avec moins d'un dollar par
jour. Et le pays est classé parmi les 25 les plus pauvres du monde (146e sur
162) par l'ONU dans son index de développement social.
A l'indépendance en 1960, trois ans après la découverte de l'or noir,
seulement 15% de la population était considérée comme pauvre, selon des chiffres
officiels. Un demi-siècle plus tard, le taux approche les 80%.
Les quelque 400 milliards de dollars détournés par les dirigeants du pays
entre 1960 et 1999, selon les estimations internationales, n'y sont probablement
pas pour rien.
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