Pétrole : l'AIE s'alarme du manque d'investissements dans la production
(TROIS QUESTIONS)
LONDRES (AFX) - Une demande d'hydrocarbures qui devrait rester
très robuste à dix ans, couplée à un manque critique d'investissements dans les
projets pétroliers est la raison profonde de la flambée du pétrole, estime Fatih
Birol, directeur des études économiques de l'Agence internationale de l'énergie
(AIE).
Q: Quelles sont les véritables raisons derrière la hausse spectaculaire des
prix du pétrole depuis plusieurs mois?
R: Il y a deux raisons principales: la première est la force et la
robustesse de la demande. En janvier, quand on craignait que les Etats-Unis
n'entrent en récession, on se demandait si cette récession pourrait avoir un
impact sur la demande de pétrole. Je ne pense pas que cette question soit
vraiment pertinente, car la croissance de la demande provient de trois centres
majeurs, l'Inde, la Chine et le Moyen-Orient, qui ne devraient pas être affectés
tant que cela pas un ralentissement économique. En définitive, la demande
devrait donc rester forte.
Du côté de l'offre - et c'est la seconde raison derrière la hausse des prix
- la capacité de production n'augmente pas de manière suffisante.
Q: Pouvez-vous chiffrer le décalage entre les investissements nécessaires et
ceux qui sont engagés?
R: Nous avons calculé que d'ici 2015, il fallait investir dans une capacité
de production permettant de fournir 37,5 millions de barils par jour, tant pour
répondre à la croissance de la demande que pour compenser le déclin des
gisements existants.
Or, nous avons identifié 230 projets dont le financement a été voté, en
regardant aussi bien dans les pays membres de l'Organisation des pays
exportateurs de pétrole (Opep) que dans les pays hors Opep. Si tous ces projets
voyaient le jour, ils permettraient de produire seulement 25 millions de barils
par jour jusqu'en 2015. Il y a donc un fossé de 12,5 millions de barils par jour
entre les investissements engagés et ceux que nous estimons nécessaires. Cet
écart est très, très inquiétant.
Seuls deux types de politiques pourraient corriger cela: du côté des pays
consommateurs, il faudrait mettre en place d'urgence des mesures draconiennes
d'efficacité énergétiques et investir massivement dans les énergies
alternatives.
Du côté des producteurs, il faudrait augmenter les investissements de
manière immédiate et audacieuse pour augmenter la capacité de production, en
plus de ces 230 projets, si l'on veut éviter un choc d'offre dans les années à
venir.
Q: Qu'est ce qui explique ce manque critique d'investissements dans la
production de pétrole?
R: Les compagnies pétrolières internationales voient leurs réserves décliner
de manière importantes et elles n'ont pas accès aux zones majeures où se
trouvent les réserves. Les compagnies pétrolières nationales sont quant à elles
freinées par deux raisons principales: elles ne veulent pas voir les prix du
pétrole baisser et elles tiennent à conserver du pétrole dans le sous-sol pour
les générations futures. Ce point de vue est tout à fait légitime, ces pays
souverains sont libres de décider à quel moment et dans quelles quantités ils
vont mettre leur pétrole sur le marché. Mais ceci a des implications de plus en
plus importantes pour les pays consommateurs. Le monde a changé.
Propos recueillis par Delphine DECHAUX
ded/fpo/LyS
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