LONDRES (AFX) - Le monde va connaître une sérieuse crise de
l'offre pétrolière dans les cinq à dix ans à venir, à moins d'un effondrement de
la demande, et le prix du baril pourrait monter jusqu'à 200 dollars, prédit
l'institut de recherches britannique Chatham House, dans un rapport.
Dans ce document publié vendredi alors que le prix du baril est en net
reflux depuis trois semaines, un expert de l'institut, Paul Stevens, attribue
cette crise à un investissement dans le secteur pétrolier "inadapté" au cours
des années 90.
La situation reste la même, en partie note-t-il, à cause du du penchant des
compagnies pétrolières à "renvoyer leurs dividendes aux actionnaires plutôt qu'à
les réinvestir".
Il note aussi la "résurgence du nationalisme en matière de ressources
naturelles", et le fait que "certains gouvernements privent leurs compagnies
nationales pétrolières de fonds destinés à l'investissement".
Pour éviter une crise, le rapport préconise notamment de faire un bon
accueil aux fonds souverains qui veulent investir dans le secteur, et de faire
participer l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) aux mécanismes
de répartition du pétrole en période d'urgence.
Revenant sur la récente hausse des prix du baril, le Pr Stevens estime
qu'elle s'est poursuivie en partie parce que les gouvernements de l'OCDE "sont
réticents à intervenir sur les marchés de l'énergie", à un moment où "le marché
par lui-même n'apporte pas forcément d'incitation à la préservation (du
pétrole), au changement de source d'énergie ou au renforcement de
l'approvisionnement".
"Cette attitude de laissez faire n'a réussi ni à contenir la demande, ni à
accroître l'offre", remarque-t-il, ajoutant toutefois "qu'étant donné la hausse
des prix à venir, les gouvernements pourraient bien être obligés de changer de
cap".
Cette crise de l'offre pourrait apparaître aux environs de 2013, estime le
Pr Stevens, et entraîner rapidement une forte hausse des prix, peut-être jusqu'à
200 dollars.
Le rapport conclut que "seules des mesures extrêmes pourraient engendrer une
réponse rapide" au problème, tout en notant que "de telles mesures sont
généralement impopulaires".
L'auteur estime cependant qu'une hausse des prix aussi forte "pourrait
briser l'opposition à un plus grand interventionnisme des gouvernements dans les
secteurs énergétiques, faisant ainsi pour la politique énergétique ce que le 11
septembre a fait pour les politiques de défense et des sécurité aux
Etats-Unis".
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