Par Anne BEADE
PARIS (AFX) - L'Etat français a annoncé mercredi son
renforcement au capital du fabricant STMicroelectronics, apportant une preuve
concrète de son engagement en faveur d'une industrie française des
semi-conducteurs, au moment où le secteur est en pleine restructuration.
A la Bourse de Paris, le titre a clôturé en hausse de 2,15% à 8,57 euros
dans un marché stable.
La France a racheté à l'italien Finmeccanica 2,86% du capital de
STMicroelectronics pour 260 millions d'euros, soit 10 euros par action, ce qui
représente une prime de 19% par rapport au cours de clôture de mardi.
L'acquisition a été faite par l'intermédiaire du Commissariat à l'énergie
atomique (CEA).
Cette opération vise à rééquilibrer les participations des deux pays dans le
groupe (d'un côté Areva à travers le holding FT1CI, de l'autre Finmeccanica et
Cassa Depositi e Prestiti), qui se situent désormais "au même niveau d'environ
13,75%", contre respectivement 10,9% pour la France et 16,6% pour l'Italie
auparavant, ce qui permet à Paris de conserver des droits de vote équivalents.
Par ailleurs, le pacte d'actionnaires est prolongé de trois ans à partir du
17 mars. Il stipule que chaque partie devra détenir au moins 10,5% du capital et
maintient un dispositif anti-OPA hostile.
"Cette transaction vise à préserver l'indépendance de l'entreprise et la
stabilité de son actionnariat, tout en favorisant son développement à long terme
et son rôle dans le secteur des nanotechnologies en France", a fait savoir
l'Elysée dans un communiqué.
En augmentant sa part au capital de STMicroelectronics, 5e fabricant mondial
de semi-conducteurs (pour des secteurs aussi divers que la téléphonie mobile, le
multimédia, l'automobile ou l'informatique), l'Etat français "réaffirme son
attachement à cette industrie", explique Jérôme Ramel, analyste chez Exane BNP
Paribas.
Il règle aussi le problème d'un éventuel désengagement de Finmeccanica, qui
avait dit avoir l'intention de réduire sa participation.
La décision de l'Etat s'inscrit dans le cadre d'une stratégie en faveur de
la recherche technologique, indique-t-on de source gouvernementale. Le but est
de pouvoir continuer à avoir en France des pôles de compétitivité à vocation
internationale, comme la structure grenobloise Minalogic qui repose fortement
sur STMicroelectronics.
Parallèlement, le ministère de l'Economie a validé le programme de
développement de STMicroelectronics pour les sites de Crolles (Isère), en
partenariat avec l'américain IBM.
Du côté des syndicats, le délégué CGT du groupe en France, Marc Leroux, a
demandé des "clarifications" sur la stratégie industrielle.
En effet, Paris met en avant sa volonté de "consolider le modèle intégré de
STMicroelectronics impliquant maîtrise technologique et production la plus
avancée en propre", autrement dit dans des usines implantées en France et en
Europe.
Or, souligne M. Leroux, la direction du groupe "augmente la part de la
production sous-traitée et diminue le budget de la recherche et développement
technologique".
STMicroelectronics a procédé à de nombreuses restructurations l'an dernier,
notamment dans trois de ses sites de production aux Etats-Unis et au Maroc, dans
le cadre d'un programme portant sur le transfert d'une partie de sa production
vers des pays à bas coût de main-d'oeuvre ou des usines plus modernes.
En Europe, les usines de Rennes et Castelletto (Italie) ont déjà été
fermées. Le site de Rousset (Bouches-du-Rhône) a également été touché par le
plan de restructuration.
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