PARIS (AFX) - Le fabricant français de silicium sur isolant
Soitec a indiqué jeudi prévoir un recul de ses ventes de 20% et une perte
opérationnelle de 3% du chiffre d'affaires sur l'exercice en cours, une annonce
qui a fait chuter le titre en Bourse à son plus bas niveau depuis cinq ans.
A la Bourse de Paris, vers 14H45 (13H45 GMT), l'action chutait de 17,67% à
4,24 euros, soit son niveau de mai 2003. Le titre est cependant déjà descendu
plus bas, un peu au-dessus de 2 euros début 2003.
Fragilisé par sa dépendance vis-à-vis de ses clients AMD et IBM, qui
représentent environ 70% de ses revenus, et la faiblesse du dollar, devise dans
laquelle il réalise 90% de ses ventes, Soitec traverse une période difficile, si
bien que son PDG et cofondateur André-Jacques Auberton-Hervé a décidé de
reprendre les commandes du groupe.
C'est le troisième avertissement sur résultats du groupe depuis un an.
"La demande des deux principaux clients s'inscrit en repli de l'ordre de 14%
par rapport aux engagements initiaux de commande minimale et le chiffre
d'affaires sur l'ensemble de l'exercice devrait être de l'ordre de 296 millions
d'euros", contre 372 millions un an auparavant, soit une baisse annuelle de 20%,
indique la société dans un communiqué.
Côté rentabilité, Soitec table sur une perte opérationnelle de l'ordre de 3%
du chiffre d'affaires, alors que les analystes de Natixis prévoyaient un
bénéfice.
Sur le seul quatrième trimestre 2007-2008 (clos fin mars), l'activité est
attendue en retrait de 20% par rapport au troisième trimestre.
Pour 2008-2009, le groupe se montre "prudent": il s'attend à une
"quasi-stabilité" de son chiffre d'affaires, à taux de change constants, et
enregistrera encore une perte opérationnelle, a précisé M. Auberton-Hervé lors
d'une conférence téléphonique.
Soitec pâtit notamment des "difficultés" de l'américain AMD (Advanced Micro
Devices), numéro deux mondial des microprocesseurs, qui a pris du retard dans le
lancement de ses produits, ainsi que d'un "environnement économique
défavorable", a-t-il expliqué.
Toutefois, a-t-il ajouté, "ce n'est pas la première fois que le groupe
traverse une zone de turbulences, nous avons confiance en nos fondamentaux", qui
devraient permettre "de déclencher une nouvelle vague de croissance vers 2010".
Interrogé sur la récente révocation du directeur général délégué Pascal
Mauberger, le PDG de Soitec a simplement dit qu'il ne pouvait pas y avoir "deux
capitaines sur un bateau" dans cette période "agitée".
Parmi les initiatives stratégiques annoncées pour se redresser, le fabricant
va s'attacher à réduire les coûts, en particulier celui de la matière première,
qui représente au moins 50% du coût total de production. Des investissements ont
déjà été menés en ce sens dans sa nouvelle usine de Singapour.
Créé en 1992, Soitec s'est imposé dans l'industrie des semi-conducteurs
grâce à une technologie innovante, le silicium sur isolant (SOI), qui permet de
fabriquer des puces électroniques plus performantes et plus économes en
énergie.
"Même si nous demeurons très confiants sur les perspectives du groupe à
moyen terme avec une tendance de pénétration du silicium sur isolant dans
d'autres domaines que les microprocesseurs (composants pour terminaux mobiles,
mémoires), les tendances à court terme nous incitent à plus de prudence sur le
dossier", ont souligné les analystes de Natixis.
Ils ont abaissé leur recommandation à "renforcer", contre acheter
auparavant.
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