USA: la crise des prêts dépasse le "subprime" et menace le système financier
(PAPIER D'ANGLE)
Par Thomas URBAIN
WASHINGTON (AFX) - La crise immobilière américaine, jusqu'ici
relativement circonscrite aux prêts les plus risqués, dits "subprime", s'étend
aujourd'hui progressivement à d'autres catégories de prêts, menaçant par
ricochet les marchés financiers de nouveaux déboires.
"Le niveau élevé des défauts de remboursement et des saisies immobilières
n'est pas limité au +subprime+", a affirmé, la semaine dernière, le président de
la Réserve fédérale américaine (Fed), Ben Bernanke.
L'agence de notation Standard and Poor's a indiqué jeudi que le taux de
défaut sur les prêts dits "Alt-A", catégorie située entre le "subprime" (risqué)
et le "prime" (peu risqué), était en forte hausse en février.
L'attribution de ces prêts "Alt-A" est essentiellement basée sur
l'historique du foyer en matière de paiements et de remboursements. Son examen
ne doit pas révéler d'incident de paiement, condition qui n'est pas requise pour
le "subprime".
Mais il s'agit souvent là de la seule condition majeure d'obtention du prêt,
l'emprunteur n'ayant pas à fournir d'informations concernant ses revenus.
D'après l'agence Fitch, le montant des prêts "Alt-A" émis entre 2005 et 2007
dépasse 600 milliards de dollars.
Le décalage entre l'augmentation des impayés entre le "subprime", constatée
il y a plus d'un an, et le "Alt-A", qui commence juste à prendre de l'ampleur,
s'explique d'abord par le fait que ce dernier a été émis massivement jusqu'en
2007, soit plus tard que le "subprime".
Selon Standard and Poor's, le taux de défaut sur les prêts "Alt-A" titrisés
en 2007 a atteint 10% en février, en hausse de 14% par rapport à janvier.
L'autre facteur de l'effet retard par rapport au "subprime" vient de la
structure de ces prêts. Ils permettent souvent de fixer de faibles mensualités
durant les premiers mois ou les premières années.
Mais une règle fait que, lorsque la différence entre le montant restant à
rembourser et le prix estimé du bien dépasse un certain seuil, les
remboursements sont immédiatement revus à la hausse.
Les faibles remboursements initiaux n'ayant pas empêché le montant encore dû
de gonfler et les prix de l'immobilier ayant tendance à baisser actuellement, de
plus en plus de foyers sont concernés.
"Cela peut représenter un bond de plusieurs centaines de dollars. Pour une
famille modeste, c'est beaucoup d'argent", explique Mark Adelson, du cabinet
Adelson and Jacob Consulting.
Tout comme ce fut le cas pour le "subprime", la détérioration du marché du
"Alt-A" est, par ricochet, en train de se transmettre aux marchés financiers.
Le 6 mars, l'agence Fitch a notamment placé 160 milliards de dollars de
titres adossés aux prêts "Alt-A" sous surveillance négative, ce qui implique
qu'elle envisage de les dégrader.
En cas d'abaissement de notation de ces titres, les banques qui en
détiennent encore en portefeuille seraient contraintes de passer de nouvelles
dépréciations d'actifs.
"Il y a une possibilité raisonnable" que la dégradation du marché des
"Alt-A" déclenche une nouvelle vague de dépréciations, estime M. Adelson.
L'abaissement massif de notation par Moody's sur des titres adossés au
"Alt-A" et détenus par la banque Bear Stearns, le 10 mars, est bien l'un des
facteurs qui a mené à sa perte.
Annoncée mercredi, la décision de l'autorité de régulation des deux géants
américains du refinancement hypothécaire, Fannie Mae et Freddie Mac, de leur
permettre de garantir davantage de prêts, pourrait offrir une respiration aux
"Alt-A".
"Ils ont une marge de manoeuvre, mais ils ne sont pas stupides. Ce sont
désormais des sociétés privées et leur mission n'est pas de faire perdre de
l'argent à leurs actionnaires", tempère néanmoins M. Adelson.
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