Par Claire GALLEN
WASHINGTON (AFX) - La forte amélioration de l'offre de rachat
de la banque d'affaires américaine Bear Stearns ravivait mardi les critiques
adressées à la Réserve fédérale pour son indulgence envers les errements des
investisseurs.
La banque JPMorgan Chase a annoncé lundi qu'elle portait à 10 dollars par
action l'offre d'achat de sa consoeur Bear Stearns. C'est un quintuplement par
rapport au prix initial de 2 dollars proposé une semaine plus tôt.
Mais les actionnaires avaient menacé d'opposer leur veto, rendant une
révision de l'offre quasi-inévitable.
Cela ne faisait pas l'affaire de la Fed, qui avait supervisé le premier
accord en promettant d'apporter 30 milliards de dollars de garantie à la
transaction.
"Un prix d'action de 2 dollars ne passait pas pour un sauvetage des
actionnaires de Bear Stearns. A 10 dollars par action, l'argumentation est plus
difficile à vendre", notait le Wall Street Journal mardi.
Si la Fed a réussi à négocier en contrepartie que JPMorgan endosse le
premier milliard de dollars de pertes, elle n'en reste pas moins engagée à
hauteur de 29 milliards. Et elle va créer une structure adhoc pour gérer sur la
durée les actifs à risque repris à Bear Stearns.
"La Fed et le Trésor ont raté une chance d'expliquer que la décision de la
semaine dernière était une intervention extraordinaire en temps de crise. En
maintenant son engagement --et celui des contribuables-- la Fed risque de créer
un précédent à long terme qui fera des dégâts considérables, même si elle ne
perd pas un cent des 30 milliards de dollars", ajoute le WSJ.
Par son action, la banque centrale a prêté le flanc aux critiques affirmant
qu'elle sera toujours prête à voler au secours des investisseurs inconscients,
au lieu de les punir pour leurs mauvaises décisions, et qu'elle a ainsi accru
l'"aléa moral".
"L'aléa moral revient en vedette", regrette le Financial Times. Et avec lui,
le risque que les banques ne tirent aucune leçon de la crise actuelle.
Tous les analystes ne portent pas un jugement aussi sévère.
"La Fed est totalement engagée dans cette crise financière et du crédit",
note Scott Anderson de la banque Wells Fargo. "Sa bataille ne sera pas indolore
(...) mais au moins la plupart d'entre nous en sortiront avec leur emploi, si ce
n'est leur richesse, intact", ajoute-t-il.
Face à une crise d'une ampleur inédite, la Fed a en effet dû jeter tout son
poids dans la balance pour éviter une implosion du système financier. Et même si
ce n'était pas une décision optimale, sauver Bear Stearns était la moins
mauvaise des solutions possible, car elle empêchait ainsi un effet de dominos
qui aurait entraîné d'autres
Le New York Times affirme pour sa part que la banque centrale s'est plus ou
moins trouvée le dos au mur.
Les actionnaires avaient le pouvoir de bloquer l'accord initial, et ils
auraient été d'autant plus enclins à le faire quand ils ont découvert qu'après
avoir piloté le rachat au rabais de leur banque, la Fed a ouvert sa fenêtre
d'escompte aux banques d'investissement -- c'est à dire que Bear Stearns aurait
pu bénéficier de cet argent pas cher si elle avait "tenu" quelques heures de
plus.
"En fait, la Fed aurait préféré un prix de 2 dollars à cause du message sans
ambiguïté que cela envoyait au marché, mais elle a accepté le nouvel accord par
crainte notamment qu'un échec ne chamboule les marchés", assure le chroniqueur
économique du quotidien, Andrew Ross Sorkin.
Il n'en reste pas moins que la Fed a joué un rôle crucial --et inédit-- dans
cette affaire, ajoute-t-il.
Certains voient là un signe inquiétant.
"Si maintenant la banque centrale a pour rôle de piloter les accords, cela
en dit long sur l'état du système financier", déplore David Rosenberg de Merrill
Lynch.
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