Volkswagen reprend Scania et bouleverse les poids lourds européens (PAPIER
GENERAL)
Par Lenaïg BREDOUX
FRANCFORT (Allemagne) (AFX) - Le groupe automobile allemand
Volkswagen a annoncé lundi sa reprise de Scania, une étape décisive ouvrant la
voie après de longs mois de tergiversations à une fusion entre le constructeur
suédois de camions et son rival allemand MAN.
Il va débourser environ 2,9 milliards d'euros pour racheter la part de
l'actionnaire historique de Scania, la famille Wallenberg, et détenir au final
37,73% du capital, contre environ 21% actuellement.
Surtout, les droits de vote de Volkswagen vont dépasser la majorité absolue,
à 68,6% contre moins de 40% jusque là.
"Volkswagen est un très bon actionnaire industriel. C'est la meilleure
solution pour Scania", a salué Börje Ekholm, le patron de Investor, contrôlée
par les Wallenberg.
L'allemand a promis de ne toucher ni à la direction actuelle du fleuron
suédois ni à la localisation de son siège et de ses centres de recherche, situés
près de Stockholm.
Et s'il attend des synergies de ce rapprochement, surtout au point de vue
technologique, Volkswagen a cherché à rassurer les salariés en s'engageant à ne
pas lancer de changements structurels "désavantageux". En clair: pas de
suppression d'emplois, "dans un avenir prévisible".
"Nous allons rester un actionnaire responsable et de long terme", a affirmé
depuis la Suède Martin Winterkorn, patron de VW.
"La période de spéculations sur la propriété de l'entreprise est derrière
nous, et c'est très bien", a de son côté commenté Leif Östling, le patron de
Scania.
Le groupe suédois, "le plus rentable" fabricant de poids lourds au monde
selon ses dirigeants, vit en effet au rythme des spéculations sur son
actionnariat depuis de longs mois, et même des années.
En 2000 déjà, son compatriote Volvo avait déposé une offre. Offre rejetée
par la Commission européenne qui craignait un abus de position dominante. C'est
finalement Volkswagen qui était entré au capital et en était devenu le premier
actionnaire.
Surtout, fin 2006, le concurrent allemand de Scania, MAN, avait tenté de
s'en emparer mais en vain, faute de l'accord de la famille Wallenberg et de
Volkswagen.
L'offre de VW, "40% plus chère que celle de MAN", a finalement débloqué la
situation et ouvre la voie à une fusion à trois, entre MAN, Scania et les poids
lourds de VW, qui verrait émerger le numéro un européen des plus de 16 tonnes,
devant Volvo-Renault.
Le groupe de Wolfsburg (nord) n'a en effet jamais caché sa volonté de voir
éclore une alliance entre deux groupes dont il est actionnaire. Lundi pourtant,
la direction de Volkswagen a publiquement brouillé les cartes.
"Il y a des potentiels de synergies avec d'autres groupes, mais ce n'est pas
le sujet du jour", a expliqué Hans Dieter Pötsch, le directeur financier. "Nous
n'avons pas l'idée de créer une nouvelle entreprise" avec les trois entités, a
insisté son patron, Martin Winterkorn.
Mais ces dénégations n'ont pas empêché MAN de "saluer" l'accord. "Nous y
voyons de meilleures conditions pour la coopération que nous souhaitons avec
Scania et les activités poids lourds de Volkswagen", a expliqué à l' un
porte-parole du groupe.
Elles n'ont pas non plus convaincu les analystes. "Nous pensons que (...) la
voie est libre pour finaliser une combinaison", ont ainsi avancé les analystes
de Merck Finck dans une note.
"VW s'est finalement fait le repreneur actif pour que les trois aillent
ensemble", a de son côté réagi Jürgen Pieper, de la banque Metzler. "D'ici trois
à six mois, il va très probablement reprendre également MAN", a-t-il ajouté.
La Bourse de Francfort s'est réjouie de l'annonce: MAN était la seule valeur
dans le vert vers 12H47 GMT, grimpant de 4,38% à 91,04 euros, dans un marché
déprimé (-1,53%). Volkswagen lui ne cédait que 0,12% à 149,81 euros.
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