François Schott,



Agefi-Dow Jones





PARIS (Agefi-Dow Jones)--Bousculé par la crise, Accor hésite à passer à l'offensive. Le groupe hôtelier dirigé par Sébastien Bazin aurait lancé en juin dernier un groupe de travail afin d'étudier un rapprochement avec le britannique InterContinental Hotels Group (IHG).



Un tel rapprochement créerait un champion incontesté, avec plus de 11.000 hôtels dans le monde et 1,6 millions de chambres disponibles, contre 1,4 million pour l'actuel numéro un, Marriott.



Selon le Figaro qui rapporté les informations sur les réflexions du groupe hôtelier, le président-directeur général d'Accor, Sébastien Bazin, n'a pas pris contact avec les dirigeants d'IHG, jugeant que le moment n'est pas opportun.



Interrogé par l'agence Agefi-Dow Jones, le groupe n'a pas souhaité commenter ces informations. En Bourse, le titre Accor a repris 15% depuis la mi-août et celui d'IHG s'est apprécié de 10%.



Un secteur affaibli et fragmenté



"Il est normal que l'on reparle de consolidation dans ce secteur qui a été frappé de plein fouet par la crise sanitaire et qui reste très fragmenté. L'hôtellerie est une industrie de coûts fixes où la taille est importante pour survivre surtout dans la période actuelle", indique un analyste du secteur.



"Après le rachat Starwood par Marriott en 2016, une fusion entre le premier opérateur européen [Accor, ndlr] et l'un des principaux opérateurs américains [IHG, ndlr] serait logique", affirment les analystes de Jefferies. La banque estime qu'un rapprochement générerait entre 100 et 150 millions d'euros d'économies structurelles, notamment au niveau des fournisseurs et des fonctions supports, et des synergies de revenus liées à la fusion des programmes de fidélité des deux groupes.



Une telle entité pourrait ainsi dégager un excédent brut d'exploitation (Ebitda) combiné de près de 2 milliards d'euros en 2022, contre un Ebitda de 825 millions d'euros pour Accor et de 800 millions de dollars pour IHG en 2019.



Un mariage déséquilibré



Les réticences de Sébastien Bazin à engager des discussions avec IHG s'expliquent aisément. Le titre Accor a perdu près de 40% depuis le début de l'année, tandis que celui d'IHG a pour sa part cédé 15%. Le groupe britannique est aujourd'hui valorisé à 8 milliards d'euros, contre 6,9 milliards d'euros pour Accor.



Pour convaincre les actionnaires d'IHG, Accor devrait offrir une prime substantielle sur le cours actuel d'IHG, et mettre ses actionnaires à contribution, ce qui paraît difficile dans le contexte actuel d'incertitudes sur le niveau de la demande et de forte consommation de cash, estime Deutsche Bank.



Un mariage entre égaux semble exclu car les actionnaires d'IHG refuseraient probablement une telle offre aux cours actuel, ajoute la banque.



De fortes différences de culture



JPMorgan évoque de son côté des différences de culture, de stratégie et de gouvernance entre les deux groupes. Avec son modèle de franchise qui s'appuie sur des marques bien établies (Holiday Inn, Crowne Plaza, etc), IHG s'est montré plus résilient qu'Accor, dont les revenus issus de la gestion en propre sont plus cycliques. Par ailleurs, les initiatives du groupe français visant à multiplier les marques et à offrir de nouveaux services centrés sur l'événementiel paraît peu adaptée à l'environnement actuel.



"L'un dans l'autre, nous pensons qu'il y a davantage d'arguments défavorables à un rapprochement qu'en faveur d'une telle opération", indique Borja Olcese, analyste de la banque américaine.



Accor ne devrait pas voir ses résultats s'améliorer rapidement, selon l'agence de notation S&P, qui a dégradé sa note sur le groupe français de "BBB-" à "BB+" suite à la publication de ses résultats semestriels. "Les revenus d'Accor seront plus faibles à un moment où les coûts de restructuration augmentent considérablement, ce qui ne sera que partiellement compensé par les importantes initiatives de réduction des coûts et de conservation de la trésorerie prises par l'entreprise", estime l'agence de notation.



Avec 4 milliards d'euros de liquidités disponibles à la fin juin, le groupe français peut toutefois compter sur un bilan solide pour traverser la période actuelle de turbulences, et saisir des opportunités de croissance externe. Sébastien Bazin a indiqué lors de la présentation des résultats semestriels que le groupe discutait avec des acteurs de plus petite taille notamment au Royaume-Uni. Un redressement de sa performance financière et boursière constitue un prérequis avant d'envisager une opération de plus grande envergure.





-François Schott, Agefi-Dow Jones; +33 (0)1 41 27 47 92; fschott@agefi.fr ed: ECH



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(END) Dow Jones Newswires



September 01, 2020 03:11 ET (07:11 GMT)




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