Stephen Wilmot,



The Wall Street Journal





LONDRES (Agefi-Dow Jones)--Le télétravail est entré dans la vie de nombreux ménages cette année et l'internet haut débit est devenu aussi crucial pour eux que l'électricité. Si les investisseurs commencent aussi à percevoir l'accès à internet comme un bien essentiel, le secteur européen des télécommunications pourrait enfin voir ses performances s'améliorer.



Si les valeurs Internet ont bondi en Bourse cette année, les actions des fournisseurs d'accès à Internet ont baissé : au sein de l'indice Stoxx Europe 600, le secteur des télécoms accuse un repli de 12% en dollars, deux fois plus élevé que celui de l'indice total.



Cette tendance est familière : les valeurs télécoms perdent de la valeur depuis cinq ans, pénalisées par une concurrence intense, la lourdeur des investissements nécessaires pour survivre dans le secteur et des difficultés réglementaires. Raison de plus pour les investisseurs de se tenir à l'écart, la pandémie de coronavirus pèse sur les déplacements internationaux et donc sur les frais d'itinérance, qui génèrent de lucratifs revenus pour les opérateurs.



Le soutien déterminant du capital-investissement



Néanmoins, les actifs des opérateurs de télécommunications sont convoités par les sociétés de capital-investissement, ce qui laisse penser qu'ils pourraient retrouver une place dans le portefeuille des investisseurs.



Les spécialistes des infrastructures sont prêts à payer plus cher pour les réseaux que les investisseurs pour les valeurs télécoms. Telecom Italia a récemment accepté de céder une participation de 37,5% dans une partie de son réseau à KKR Infrastructure pour 1,8 milliard d'euros. La valeur d'entreprise implicite de la transaction s'établit à environ 8,6 fois l'excédent brut d'exploitation (Ebitda), à comparer à un multiple de l'ordre de 5,3 fois pour l'ensemble du groupe Telecom Italia.



L'ancien monopole italien subit des pressions politiques pour déployer un réseau de fibre optique sur son marché intérieur, mais il est déjà lourdement endetté. La transaction avec KKR constitue un moyen de financer ce projet sans dilution pour les actionnaires. De telles initiatives arbitrent les écarts entre les horizons de rendement des différents investisseurs, explique James Ratzer, responsable de la recherche sur les services de communications en Europe de New Street Research.



Les investisseurs en actions souhaitent obtenir un dividende en quelques années. Pour leur part, les spécialistes des infrastructures semblent prêts à accepter quatre à sept ans de consommation de trésorerie pour les programmes de fibre optique à destination des particuliers en échange de la promesse de rendements élevés au-delà.



Ecart de valorisations



Le phénomène ne se limite pas à l'Europe : en juillet, Altice USA a vendu près de la moitié de son activité de fibre optique Lightpath à Morgan Stanley Infrastructure Partners. Les valorisations ont tendance à être plus élevées aux Etats-Unis, un marché moins réglementé. Mais là encore, un écart important entre le prix de la transaction et les multiples des actions cotées a pu être constaté.



Une divergence parallèle existe entre la valorisation des tours de téléphonie mobile et celle des opérateurs, ce qui incite les fournisseurs de téléphonie mobile à vendre leurs pylônes. En juin, le géant espagnol Telefónica, criblé de dettes, a cédé un portefeuille de tours allemandes à Telxius, une société distincte qu'il possède en partenariat avec KKR et un autre investisseur, pour un niveau remarquable de 23 fois l'Ebitda. Pas étonnant que le concurrent de Telefónica, Vodafone, dont le titre s'échange pour environ six fois son Ebidta, prépare une introduction en Bourse partielle de ses tours au début de l'année prochaine.



Toute cette ingénierie financière met en évidence la valeur cachée des fournisseurs d'accès à Internet européens. L'appétit des investisseurs spécialisés pour la transmission de données politiquement sensibles est tout aussi important pour expliquer l'évolution du secteur. En Europe, du moins, les infrastructures de télécommunications ressemblent de plus en plus à des services réglementés aux collectivités.



Afin d'envisager la question sous cet angle, les investisseurs en Bourse doivent se faire une idée plus précise des rendements qui découleront à terme des investissements coûteux en fibres et en 5G. Ce changement pourrait cependant, à un moment donné, bouleverser la situation boursière du secteur. Les flux de trésorerie réglementés des "utilities" sont attrayants à une époque où les taux d'intérêt sont extrêmement bas. Les services aux collectivités européens s'échangent pour une valeur d'entreprise de près de 9 fois l'Ebitda, contre un multiple moyen de 6,1 fois pour les opérateurs de télécommunications.



Les fournisseurs d'accès à l'internet européens ont connu cinq années épouvantables. Les cinq prochaines pourraient s'avérer bien plus favorables.



-Stephen Wilmot, The Wall Street Journal



(Version française Valérie Venck) ed: ECH



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September 15, 2020 03:31 ET (07:31 GMT)




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