Stephen Wilmot,



The Wall Street Journal



LONDRES (Agefi-Dow Jones)--Toyota et BMW se refusent décidément à suivre la voie que voudraient leur faire emprunter les investisseurs obsédés par Tesla. Or ce sont peut-être ces derniers qui vont finalement devoir se remettre en question.



Alors que General Motors, Volkswagen et consorts misent tout sur les voitures électriques, Toyota et BMW préfèrent mettre en évidence, chacun à sa manière, l'importance des technologies de transition et des mesures plus générales de décarbonation dans le processus de transformation environnementale du secteur automobile.



Dans un nouveau point sur sa stratégie de batteries, le géant japonais a indiqué mardi qu'il se préparait à l'éventualité d'une nouvelle accélération des ventes de voitures électriques, mais qu'il comptait encore massivement sur ses hybrides pour réduire ses émissions carbone. Cette déclaration s'inscrit dans le sillage de la présentation lundi par BMW d'un concept de voiture électrique recyclable et conçue à partir de matériaux recyclés. Le constructeur allemand observe une stratégie d'électrification relativement limitée qui donnera pour les années qui viennent un rôle majeur aux hybrides rechargeables.



Champions de l'analyse du cycle de vie



Les deux constructeurs se font les champions de l'analyse du cycle de vie (ACV), qui permet d'évaluer l'impact environnemental complet d'un procédé ou d'un produit, peut-être pour se défendre des accusations selon lesquelles ils prendraient la question environnementale moins au sérieux que leurs concurrents. L'analyse du cycle de vie ne porte pas uniquement sur le CO2 émis par une voiture en circulation -- point sur lequel se focalisent actuellement les régulateurs -- mais aussi sur les gaz à effet de serre émis lors de la construction, y compris celle des pièces détachées.



L'utilisation de cette mesure est peu avantageuse pour les voitures électriques parce que leurs puissantes batteries regorgent de métaux très chers nécessitant une extraction minière et un processus de transformation. Lorsque les voitures électriques sortent du salon d'exposition, elles ont déjà généré davantage d'émissions carbone que les voitures traditionnelles. Ce n'est qu'une fois la voiture en circulation que le curseur s'inverse -- plus ou moins selon le mode de production de l'électricité utilisée pour recharger la batterie.



La Toyota Prius affiche 24 ans au compteur



Affichant 24 ans au compteur, la technologie hybride d'une Toyota Prius est déjà produite à une échelle industrielle et nécessite une batterie bien plus petite, ce qui signifie qu'elle est plus propre qu'il n'y paraît lorsqu'on se base uniquement sur les émissions du pot d'échappement -- même si elle reste plus polluante qu'une voiture électrique. Toyota calcule que trois de ses hybrides équivalent globalement à une voiture électrique en termes d'empreinte carbone.



Le recyclage est également problématique pour les voitures électriques : il est en effet difficile de réutiliser le précieux métal qui compose actuellement les batteries lithium-ion, même si les tentatives ne manquent pas. BMW a fait des matériaux recyclés et recyclables l'une des clefs de voûte de sa stratégie d'émissions. Ces matériaux représentent actuellement près de 30% de ses véhicules, et le constructeur compte porter progressivement cette part à 50%.



Cette mise en évidence implicite des failles dans le discours communément servi autour des voitures électriques, alors même que les constructeurs investissent lourdement dans cette technologie, risque de rebuter certains investisseurs. La comparaison avec la gargantuesque valorisation boursière de 726 milliards de dollars affichée par Tesla, soit deux fois et demie celle de Toyota, est inévitable. L'action BMW s'échange sur un multiple de moins de six fois les résultats, qui n'avait plus été observé depuis au moins 20 ans. L'action Toyota affiche une meilleure performance, sans doute parce que le constructeur japonais a mieux tiré son épingle du jeu pendant la pandémie et la période de pénurie de semiconducteurs qui s'en est suivie.



Electrique ne rime pas forcément avec progrès



Avec le temps, il semble toutefois probable que les investisseurs développent une compréhension plus nuancée de la transition du secteur automobile, et qu'ils ne se contentent plus d'associer automatiquement un engagement tous azimuts dans l'électrique à du progrès. L'aura de GM a déjà commencé à s'estomper depuis que le géant américain s'est vu contraint de comptabiliser une charge de 1,8 milliard de dollars en raison de problèmes de batteries sur ses Bolt électriques. Les régulateurs pourraient également porter une attention accrue à l'empreinte carbone.



La vitesse à laquelle les consommateurs adoptent la voiture électrique reste encore difficile à évaluer. Le développement des stations de recharge, l'inflation des prix des matières premières et les avancées technologiques en matière de batteries seront autant de facteurs à prendre en compte. Les investisseurs savent que la meilleure protection contre les incertitudes consiste à diversifier son portefeuille. Ils devraient accorder plus de valeur à la souplesse stratégique de BMW et Toyota.



-Stephen Wilmot, The Wall Street Journal



(Version française Emilie Palvadeau) ed : ECH



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September 15, 2021 04:20 ET (08:20 GMT)




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