Julien Marion,



Agefi-Dow Jones





PARIS (Agefi-Dow Jones)--ADP survole la concurrence. L'exploitant des aéroports parisiens s'adjuge 10,6% depuis le début de l'année, distançant - et de loin - ses comparables boursiers: l'espagnol Aena perd 3,5% quand l'allemand Fraport abandonne 18%.



La surperformance d'ADP par rapport à ses comparables tient pour l'essentiel aux spéculations sur une privatisation du groupe par l'Etat. Dans l'esprit de certains investisseurs, cette hypothèse a regagné en crédibilité depuis la réélection d'Emmanuel Macron à la fin avril. "Au regard de la décorrélation entre l'action et la valeur intrinsèque de la société, il est difficile de l'expliquer autrement", juge un analyste parisien.



La probabilité que l'exécutif relance un si lourd chantier paraît toutefois mince dans le contexte politique actuel. Un revers de la majorité aux élections législatives, dont le deuxième tour se tient dimanche, compromettrait une telle opération. La loi PACTE ayant été adoptée, l'aval des parlementaires n'est certes plus requis mais le dossier deviendrait politiquement trop sensible. Les projections des différents instituts de sondage créditent la majorité présidentielle de 250 à 295 députés à l'Assemblée nationale. La banque Barclays juge que l'absence de majorité absolue -- soit 289 députés -- au sein de la chambre basse du Parlement constitue le scénario le plus probable.



Crispation de l'opinion publique



La crise sanitaire avait contraint l'exécutif à reporter sine die la cession de tout ou partie des 50,6% du capital d'ADP détenus par l'Etat. Si le projet n'a pas été officiellement enterré, il n'est pour autant jamais revenu à la surface.



Le sujet était déjà fortement contesté lors du précédent mandat d'Emmanuel Macron. Or "le climat politique actuel est moins propice [à cette privatisation, NDLR], avec un raidissement de l'opinion sur ces sujets, notamment autour de La France insoumise", observe Olivier Rouquan, politologue et chercheur associé au CERSA (Centre d'Etudes et Recherches de Sciences Administratives et Politiques). L'universitaire souligne également que l'agenda politique est à présent dominé par d'autres thématiques telles que "le pouvoir d'achat, les incertitudes sur le climat et la politique de santé".



"A priori une majorité plus faible devrait pousser l'exécutif à mieux prendre en compte la crispation de l'opinion publique" sur les thématiques de privatisation, juge Olivier Rouquan. "L'Assemblée nationale reste le reflet de la population française et, avec l'absence de majorité absolue, Emmanuel Macron aurait du mal à faire passer cette mesure", estime pour sa part l'analyste financier parisien.



Absence de visibilité sur la régulation



Le fait de procéder à la privatisation "dépenserait un capital politique important pour le gouvernement, qui pourrait être déployé plus efficacement ailleurs", estime de son côté HSBC. Le directeur financier d'ADP, Philippe Pascal, avait déclaré fin avril aux analystes, que la direction du groupe ne s'attendait pas à ce qu'une privatisation constitue une priorité clef du gouvernement. Il relevait également que cette mesure ne figurait pas au programme d'Emmanuel Macron. Contactés, ADP a renvoyé aux propos de la direction du groupe tandis qu'un porte-parole du ministère de l'Economie et des Finances n'a pas souhaité apporter de commentaire.



Une potentielle privatisation d'ADP bute sur un autre écueil: l'absence de contrat de régulation économique (CRE). Ce contrat définit les investissements et les conditions d'évolution des tarifs sur le périmètre régulé du groupe, c'est-à-dire les activités des aéroports parisiens hors boutiques, services et immobilier, pour une période de cinq années. Le manque de visibilité sur l'évolution du trafic rend pour l'heure impossible la procédure d'élaboration de ce précieux document qui nécessite au bas mot un an et demi de préparation. La direction de la société ne s'attend pas à ce qu'un nouveau contrat soit possible avant, au mieux, 2025.



"L'absence de contrat de régulation prive les investisseurs potentiels dans ADP d'une importante visibilité. Cela complique grandement une potentielle privatisation et justifierait un prix de vente moins élevé", juge Charles Maynadier, analyste au sein de Kempen & Co. La privatisation tant espérée par le marché paraît ainsi hypothétique dans le meilleur des cas.



Pénurie de main-d'oeuvre



En parallèle, les incertitudes sur l'activité restent nombreuses. Le retour des voyageurs chinois à court et moyen terme est compromis par la politique "zéro Covid" du pays. Or en 2019, ces passagers représentaient environ 15% des revenus des activités commerciales des aéroports parisiens pour 2% du trafic total.



ADP doit également gérer les difficultés logistiques auxquelles l'ensemble des aéroports sont confrontés. Le manque de main-d'oeuvre sur certains postes clefs, notamment les agents d'inspection et de filtrage, qui sont employés par des groupes privés de sécurité, occasionne des perturbations dans la gestion des flux de passagers et risque de se traduire par des annulations de vols. "La demande de voyages pour cet été en Europe est très forte, sûrement plus que le marché pouvait l'anticiper au début de l'année. Mais les perturbations et les pénuries de main-d'oeuvre dans certains aéroports et chez les compagnies aériennes pourraient empêcher les exploitants de capter pleinement cette demande", explique Charles Maynadier, de Kempen & Co.



Si ADP n'est pas dénué de qualités, sa valorisation actuelle paraît élevée au regard de l'absence d'intentions manifestes de privatisation par l'exécutif et des incertitudes qui entourent le titre. JPMorgan considère que l'action s'échange avec une prime injustifiée par rapport à ses comparables. "Avec les résultats des élections législatives, cette prime pourrait être mise à mal lundi", prévient de son côté l'analyste parisien. Dans ce contexte, ADP semble condamné à perdre de l'altitude.



-Julien Marion, Agefi-Dow Jones; +33 (0)1 41 27 47 94; jmarion@agefi.fr ed: ECH



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June 17, 2022 03:03 ET (07:03 GMT)




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