Lionel Garnier,



L'Agefi





PARIS (Agefi-Dow Jones)--Ce début 2023 s'annonce riche d'enjeux pour plusieurs pensionnaires du CAC 40 et du SBF 120 : opérations financières, restructurations, cessions d'actifs ou modifications de gouvernance vont animer les prochaines semaines.



Même si Renault cherche à dissiper tout sentiment de date-couperet, l'entreprise sait que les attentes des investisseurs vont aller crescendo courant janvier. Le 27 du mois marquera en effet le premier anniversaire de sa tentative de relance de l'Alliance avec Nissan-Mitsubishi. Or, voilà des mois que le groupe au Losange tente de renouer des liens plus durables avec son partenaire japonais, y compris avec des nouvelles frontières capitalistiques. Après plusieurs rendez-vous manqués en décembre, les discussions s'éternisent au point d'alimenter les doutes sur une réelle volonté d'aboutir côté nippon. Pour Renault, toujours confronté à un manque de taille critique dans l'industrie automobile, c'est la conduite même du plan de bascule vers l'électrique et la future cotation de son pôle Ampère, perçue comme une clé essentielle pour sa valorisation, qui est en jeu.



Le mois de janvier s'annonce également crucial dans le bras de fer qui oppose Orpea à ses investisseurs. Toujours engagé dans une procédure de conciliation avec des actionnaires et ses créanciers divisés, le groupe de cliniques et de maisons de retraite a dévoilé en décembre un nouveau coup de torchon sur ses comptes avec une enveloppe de dépréciations doublée à plus de 5 milliards d'euros. De quoi fragiliser davantage son bilan. Faute d'accord d'ici à mi-février, l'issue d'une sauvegarde risque d'être inévitable.



Casino reste lui aussi confronté au poids de sa dette. Il a quelque peu desserré l'étau financier en recourant à des cessions en Amérique latine. Autant de munitions qu'il peut encore mobiliser à court terme. Mais l'équation stratégique, sans réelle solution durable, se trouve encore compliquée par le choc inflationniste dans l'Hexagone, un terrain des prix où Casino n'est pas le mieux armé des distributeurs.



Basse tension chez EDF



Du côté d'EDF, le calendrier du retrait de la cote ne s'est pas clarifié. L'offre de l'Etat - sur les actions et les obligations convertibles (Océanes) de l'énergéticien - est toujours en cours. Mais son calendrier a été prorogé, conséquence indirecte de recours en série. Au pointage du 30 décembre, l'Etat dispose de 89% des actions, un niveau insuffisant pour permettre le déclenchement d'un retrait obligatoire. Or, l'initiative de députés PS de déposer une proposition de loi de nationalisation, qui sera en principe examinée le 9 février prochain, encourage d'autant moins les actionnaires minoritaires à apporter leurs titres qu'un prix de 14 euros par action y est évoqué, contre 12 euros pour l'offre actuelle de l'Etat.



Côté fusions et acquisitions, certains dossiers demeurent brûlants. Atos, toujours en mal de latitude financière, continue de susciter des convoitises. Alors que Thales fait figure depuis plusieurs trimestres de candidat naturel à une reprise afin de consolider les métiers de la cybersécurité, l'entrée en lice d'Airbus, attentif au sort de la filiale Evidian, illustre à quel point la dimension politique du dossier sera décisive.



Du côté des arbitrages d'actifs, plusieurs dossiers sont ouverts. Alors que le conflit russo-ukrainien approche d'un triste premier anniversaire, de grands groupes français - à l'image d'Air Liquide, Danone, Alstom ou Michelin - n'ont toujours pas finalisé leur sortie de Russie. La quête d'acquéreurs pour leurs actifs locaux est rendue compliquée par le jeu des sanctions économiques.



Du bon usage des superprofits



Un autre sujet s'annonce sensible, celui du réemploi des enveloppes financières obtenues grâce à la vente d'actifs ou par la manne des profits exceptionnels consécutifs aux crises récentes.



Sur ce premier terrain, l'attitude de Bolloré, qui vient de finaliser fin 2022 la vente de ses activités logistiques en Afrique pour 5,7 milliards d'euros, sera particulièrement scrutée. Le groupe familial, qui contrôle 29,5% de Vivendi, a toujours cultivé son art de surprendre dans le choix de ses cibles.



De son côté, BNP Paribas a déjà donné des indications sur l'usage des 16 milliards d'euros qu'il s'apprête à obtenir de la vente de sa filiale américaine, Bank of the West. Le groupe bancaire panachera coup de pouce à sa solvabilité, investissements - y compris via des acquisitions, notamment sur le terrain technologique - et rachats d'actions.



Ce retour aux actionnaires est aussi tentant sur le plan financier qu'il est délicat face au théâtre politique. Une certitude : TotalEnergies y recourra encore cette année alors que son bénéfice net ajusté est escompté à plus de 36 milliards de dollars au titre de 2022. Entre la recherche de la satisfaction des investisseurs et l'accélération du virage vers davantage d'activité dans les renouvelables, le groupe pétrolier cherche le bon dosage pour l'affectation de ses plantureux cash-flows.



Hors sociétés cotées, CMA CGM - dont les comptes 2022 signeront eux aussi une nouvelle année record grâce aux prix élevés du transport maritime - cultive sa singularité. L'armateur marseillais multiplie les prises de ticket dans le capital de sociétés tricolores au bilan tendu (Air France-KLM, Eutelsat). Il pose désormais des jalons dans les médias avec une participation de 5% chez M6. Jusqu'où ira cette vocation ?



Enfin, 2023 marquera également des transitions de gouvernance, notamment chez Société Générale qui s'apprête à tourner la page Frédéric Oudéa. Directeur général de la banque depuis 2008, il laissera en mai les commandes opérationnelles à Slawomir Krupa. Son point de chute - la présidence de Sanofi - est déjà trouvé.



Si certaines successions se dessinent (Elior, Valeo), d'autres devront se préciser, comme celle de Denis Kessler chez Scor ou encore de Xavier Huillard chez Vinci.





-Lionel Garnier, L'Agefi ed: VLV



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January 03, 2023 03:16 ET (08:16 GMT)




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