Carol Ryan,



The Wall Street Journal





LONDRES (Agefi-Dow Jones)--En matière de prix, la puissance de frappe des groupes brassicoles est peut-être moins imposante que celle des groupes de spiritueux, mais elle est bien plus souple.



Anheuser-Busch InBev, propriétaire de Budweiser, est le dernier brasseur en date à avoir publié des résultats meilleurs que prévu au titre du premier trimestre 2022, après Heineken et Carlsberg.



Le pouvoir de fixation des prix des groupes de bières se révèle tout à fait honorable compte tenu du fait que les consommateurs sont pris en étau par l'inflation. AB InBev, numéro un mondial du secteur, a relevé ses prix de près de 8% au cours du trimestre clos fin mars par rapport à la période correspondante de l'an dernier, ce qui ne l'a pas empêché d'augmenter ses ventes de bières de 2,8%, selon le rapport publié jeudi par le groupe. Chez Heineken, numéro deux mondial, chaque litre de bière vendu au cours de la même période a permis de dégager 18% de chiffre d'affaires supplémentaire, grâce à des hausses de prix et à la mise en avant des marques premium.



Avantage au secteur des spiritueux



Les investisseurs affichent depuis le début de la pandémie une nette préférence pour les valeurs du secteur des spiritueux. En multiple des résultats attendus, les titres des grands groupes mondiaux de boissons alcoolisées Diageo, Campari, Pernod Ricard et Rémy Cointreau s'échangent actuellement avec une prime de 60% en moyenne par rapport aux grands groupes brassicoles, contre 30% juste avant le début de la crise sanitaire.



Le véritable engouement pour les cocktails maison observé aux Etats-Unis pendant les confinements ont influé sur les préférences des actionnaires en début de crise, mais la capacité de fixation des prix est un facteur qui prend maintenant une importance croissante dans un contexte de tensions inflationnistes persistantes. En théorie, les coûteuses marques de liqueurs qu'affectionnent les consommateurs aisés devraient être capables d'augmenter leurs prix sans pénaliser la demande.



Or les brasseurs pourraient faire montre d'une meilleure capacité à relever leurs prix modérément mais fréquemment. Les volumes de bières étant faibles depuis des années sur les marchés matures, le pouvoir de fixation des prix constitue un important moteur de croissance pour les marques de bières. Les données de Bernstein montrent qu'entre 2010 et 2019, les brasseurs ont relevé leurs prix de 1,7% par an aux Etats-Unis, un rythme près de deux fois supérieur à celui des groupes de spiritueux. Les groupes brassicoles ont également un peu mieux réussi à renforcer la composante "mix" de leur croissance, en s'attachant en priorité à améliorer les ventes de leurs marques premium.



Cela fait des années qu'aux Etats-Unis, les groupes de spiritueux prennent des parts de marché à la bière et au vin. Ils s'en sortent en conséquence relativement bien en se contentant d'augmenter leurs volumes de vente. Il en résulte que même si les groupes de spiritueux disposent d'une importante marge encore inexploitée en matière de fixation des prix, grossistes et distributeurs sont moins habitués à subir de leur part des hausses de prix régulières, surtout pour les spiritueux plus standards et non vieillis comme le gin ou la vodka.



Un secteur plus concentré



Le secteur brassicole est plus concentré à l'échelle mondiale - un potentiel avantage dans les négociations avec les distributeurs. Les cinq premiers groupes contrôlent 54% du marché mondial, contre 25% pour les cinq premiers groupes mondiaux de spiritueux, selon les données d'Euromonitor. Outre-Atlantique, le secteur brassicole est si consolidé que le Trésor a recommandé en février au département américain de la Justice d'examiner l'impact des acquisitions de brasseurs artisanaux par les grands groupes sur les prix et l'innovation dans le secteur de la bière aux Etats-Unis.



Les brasseurs ne sont certes pas toujours dans une position aussi favorable que celle observée au premier trimestre. En Europe, les ventes 'on-trade', liées à la consommation dans les bars, hôtels ou restaurants, ont repris en force avec le reflux de la pandémie et la réouverture des lieux de sortie. La disposition des consommateurs à payer davantage pour les boissons consommées à l'extérieur profite à toutes les entreprises de boissons alcoolisées, notamment celles qui, comme Heineken, sont fortement exposées aux lieux de vie nocturne de la région.



Les brasseurs supportent des coûts fixes élevés, et doivent donc accélérer leurs prix pour préserver leurs marges bénéficiaires de l'inflation du coût des intrants. Jusqu'à présent, les feux sont au vert. Les cocktails sont peut-être plus tendance auprès des investisseurs, mais les buveurs de bière acceptent bien mieux les hausses de prix.



-Carol Ryan, The Wall Street Journal



(Version française Emilie Palvadeau) ed : ECH



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May 06, 2022 06:15 ET (10:15 GMT)




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