François Schott,



Agefi-Dow Jones





PARIS (Agefi-Dow Jones)--Avis de tempête pour les fabricants de semi-conducteurs. Depuis le début de l'année, les nuages s'accumulent au-dessus du secteur, l'un des plus sensibles aux à-coups de la croissance mondiale.



La guerre en Ukraine entraîne de nouvelles perturbations des chaînes d'approvisionnement dans les secteurs automobile et industriel, principaux consommateurs de composants électroniques, tandis que la hausse des prix de l'énergie pèse sur la rentabilité des usines et risque d'affaiblir la demande finale.



"L'augmentation de près de 80% du cours du Brent depuis [décembre] a apporté une nouvelle perspective macroéconomique sur les valeurs de semi-conducteurs", notent les analystes de JPMorgan, estimant que la correction enregistrée par les principaux fabricants depuis le début de l'année ne reflète pas tous les risques de ralentissement de la croissance mondiale.



L'indice sectoriel Stoxx Semiconductors a baissé de 19% depuis le 1er janvier contre un repli de 7% pour l'ensemble du Stoxx Europe 600. En France les deux principaux représentants du secteur, STMicroelectronics et Soitec ont abandonné respectivement 10% et 22% depuis le 1er janvier.



Les deux groupes isérois sortent d'une année 2021 exceptionnelle, tant en termes de résultats que de performance boursière. STMicroelectronics a vu son chiffre d'affaires croître de 25% et son bénéfice net bondir de 80%, à deux milliards de dollars, en 2021, tandis que Soitec vise une croissance organique de 45% pour son exercice qui s'achèvera à la fin mars. Les deux titres ont progressé de 39% et 32%, respectivement, l'an dernier.



Ces performances ont été portées par la pénurie mondiale de semi-conducteurs qui a permis à tous les fabricants de relever leurs prix et d'améliorer les taux de remplissage de leurs usines. STMicroelectronics et Soitec ont d'ailleurs annoncé, comme la plupart des fabricants de composants, des investissements dans de nouvelles capacités pour répondre à la forte demande, en particulier en provenance de l'industrie automobile.



De fait, ils s'exposent à un effet ciseau en cas de coup de frein sur la demande mondiale. "Les cycles des semi-conducteurs se terminent soit par un rattrapage de la croissance de l'offre par rapport à la demande, ce qui conduit éventuellement à des stocks excédentaires, soit par une demande décevant les attentes", rappellent les analystes de Credit Suisse.



Des niveaux de stocks rassurants



Pour l'heure, les principaux indicateurs sont au vert. Le directeur financier de STMicroelectronics, Lorenzo Grandi, a indiqué lors d'une conférence organisée ce mois-ci par JPMorgan que le groupe ne parvenait toujours pas à répondre à la demande automobile, notamment pour les microcontroleurs. D'une manière générale, aucune annulation de commande n'a été enregistrée depuis la fin janvier et le carnet de commandes continue à se remplir, a-t-il souligné.



Le niveau des stocks, l'une des principales variables suivies par les analystes pour anticiper l'évolution de la demande de semiconducteurs, se maintient à un niveau faible après avoir baissé tout au long de l'année dernière, souligne Berenberg. La banque a réalisé le mois dernier un sondage auprès de différents acteurs du secteur : "Les résultats de notre enquête montrent que les clients ne réduisent pas encore leurs commandes. La moitié des répondants pense que la pénurie ne s'atténuera pas en 2022, et l'autre moitié estime que la situation pourrait empirer avant de s'améliorer [cette année, ndlr]", indique-t-elle. En outre, la plupart des acteurs estime que les niveaux moyens de stocks devraient être durablement plus élevés après la pénurie.



L'annonce mi-mars par l'américain Intel d'un plan d'investissement de 80 milliards d'euros en Europe illustre les anticipations d'une forte demande pour les prochaines années.



Croissances à deux chiffres



Grâce à leurs investissements calibrés dans des technologies clés, STMicroelectronics et Soitec sont bien positionnés pour capter cette croissance.



"Les substrats de Soitec permettent de tirer profit de nombreuses mégatendances telles que les communications 5G et l'électrification des véhicules", avance Credit Suisse. La banque prévoit une hausse annuelle moyenne comprise entre 27% et 31% du chiffre d'affaires comme de l'excédent brut d'exploitation de Soitec sur la période s'étalant de 2021 à 2026.



Credit Suisse est également optimiste pour STMicroelectronics: elle prévoit une croissance annuelle du chiffre d'affaires de 19% d'ici à 2025, et une amélioration de près de 7 points de la marge opérationnelle.



Les deux groupes devraient notamment tirer parti de leurs investissements dans le carbure de silicium, une technologie clé pour l'électrification en masse des véhicules, dont le marché devrait passer de 1,5 milliard de dollars en 2021 à 5 milliards de dollars en 2024, selon UBS. La banque suisse note toutefois que STMicroelectronics pourrait pâtir en 2022 de son exposition au marché des smartphones, en perte de vitesse, et d'éventuels problèmes d'approvisionnement pour l'un de ses principaux clients, Apple.



En dépit des incertitudes sur l'évolution de la demande à court terme, très peu d'analystes ont revu à la baisse leurs estimations pour les deux représentants français du secteur. 90% d'entre eux sont à l'achat sur Soitec et 65% sur STMicroelectronics, selon FactSet. Toute baisse des titres des deux entreprises au cours des prochains mois pourrait constituer une opportunité d'achat, à condition que le scénario d'une récession mondiale soit écarté.





-François Schott, Agefi-Dow Jones; +33 (0)1 41 27 47 92; fschott@agefi.fr ed: ECH



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March 25, 2022 04:13 ET (08:13 GMT)




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